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Infos- Togo : Dr. Gandi bonjour
Dr. Bozoura Gandi : bonjour
In -T: Merci d'avoir accepté de nous recevoir ici à l'Hôtel Dorint de Hamburg pour cet entretien que nous désirions depuis un an.
Je rappelle que vous êtes pharmacien et que vous avez 49 ans.
Depuis les années 90 vous vous êtes engagé pour un pluralisme politique au Togo et contre le régime répressif du Général Eyadema.
Ensemble avec un groupe de patriotes vous avez créé l'ATLMC (Association Togolaise de Lutte contre la Manipulation des Consciences) dont vous êtes le Chargé des affaires extérieures et politiques.
Vous êtes aussi membre d'un parti politique la CDPA (Convention Démocratique des Peuples Africains) et vous occupez le poste de Secrétaire Régional chargé des Fédérations du parti dans le nord Togo.
A cause de votre engagement politique au sein de l'opposition vous avez passé 19 mois de votre vie en prison et sans jugement
Avec l'aide de la Fondation de Hamburg pour les persécutés politiques vous avez réussi à regagner l'Allemagne en mai 2003.
In- T :
Pouvez-vous nous donner les raisons qui ont motivé enfin votre départ du Togo ?
Dr. B. G : Depuis 12 ans je me bats contre la dictature dans mon pays et depuis 10 ans les autorités dictatoriales ont programmé de me détruire moralement et matériellement avec plusieurs atteintes à ma personne, à mes biens et à mes installations ; j'aurais pu quitter le pays depuis surtout après mon séjour à la prison politique de Kara mais seulement qui achèvera le combat héroïque enclenché par le peuple pour sa libération si tout le monde s'en allait ?
C'est ce qui a justifié ma résistance en me confiant à Dieu.
Si j'ai finalement quitté c'est parce que le 21 février 2003, je ne sais pas pour quel motif, des militaires envoyés par le Colonel Ernest Gnassimgbé, fils aîné du Général- Président et Commandant du camp militaire de Kara, ont tenté de m'enlever à la tombée de la nuit heureusement que je n'étais pas encore à la maison et ma femme m'a alerté sur mon téléphone mobil.
Je crois que s'ils m'avaient trouvé, c'aurait été ma dernière heure.
Je me souviens encore du cas du militant de la démocratie feu Tchabana Yatimou, ex-gérant à la SGGG-Sokodé, paix à son âme, enlevé à Bafilo le 11 septembre 1992 et déporté à Lassa aux environs de Kara où il mourut le même jour torturé par les militaires.
Ses parents retrouveront son corps trois jours plus tard en décomposition avancée.
C'est ce sort que j'ai voulu éviter en acceptant de partir puisque une vie d'un combattant en moins est une victoire pour le dictateur en plus alors que tôt ou tard le peuple aura besoin de nous si nous sommes en vie.
In- T : Vous êtes l'un des Hommes politiques les plus recherchés par le régime Eyadéma : que vous reproche t -on exactement ?
Dr. B. G : Après la création de l'ATLMC pour l'éveil des consciences des masses, l'exploitation régionaliste que le régime Eyadema a toujours faite en opposant le nord du pays dont il est issu au sud du pays a été arrêtée car pendant les 20 ans de règne le régime a présenté le schéma selon lequel la revendication démocratique qui a commencé au sud était dirigé contre le nord.
Vu la solidité de l'ATLMC dans sa capacité de mobilisation des masses populaires on a commencé à traquer les premiers responsables obligeant bon nombre à quitter le pays et si j'étais particulièrement visé c'est peut-être parce que parmi le groupe j'étais le seul opérateur économique de la ville. Alors on a certainement imaginé que la force de l'association reposait sur moi alors qu'il n'en était rien, c'était une question de détermination des masses à en découdre avec la dictature.
Je voudrais rappeler que l'obtention de la conférence nationale au Togo a été possible essentiellement grâce à deux grandes associations politiques d'une grande capacité de mobilisation : le FAR (Front des Associations pour le Renouveau) créé à Lomé et l'ATLMC créée à Sokodé. La création de l'A T L M C fut un coup dur pour Eyadema et les responsables étaient des personnes à abattre pour la simple raison que c'était l'unique association démocratique du Nord Togo.
In- T : Etes-vous toujours actif au sein de l'ATLMC et de la CDPA ?
Dr. B. G : Oui je suis toujours actif dans les deux organisations.
In- T : Avez-vous un contact étroit avec les autres membres du Bureau National présents en Allemagne ?
Dr. B. G : Oui à mon arrivée j'ai fait le tour de tous mes camarades de lutte et le contact est permanent.
In- T : Beaucoup de militants se plaignent que l'ATLMC traverse un malaise et que cette situation finira par les desservir ; qu'en pensez-vous ?
Dr. B. G : En effet cela fait déjà un an que je suis donc en Allemagne. Mon constat est le suivant : l'ATLMC est bien vivant dans le cœur des militants en Allemagne mais l'association est plutôt malade de ses dirigeants.
In -T: Pouvez-vous nous donner plus de détails ?
Dr. B. G : Vous savez, on ne fais pas de démocratie sans démocrates ; or nous avons constaté qu'avec la longue durée de la lutte, la plupart des chefs des formations politiques ont fini par cultiver en eux les attitudes que nous reprochons au dictateur.
Au sein de leurs formations politiques ils n'acceptent plus la contradiction ; tout part d'eux et tout revient à eux et malheur à celui qui proposera l'alternance à la tête de l'organisation. Malheureusement l'ATLMC n'a pas échappé à cette situation au niveau de certains de ses dirigeants. C'est ce qui explique le malaise dans la fédération.
In -T: En tant que Chargé des affaires extérieures de l'association et que Dieu merci vous êtes maintenant en Allemagne que comptez-vous faire pour remédier à cette situation.
Dr. B. G : Nous avons quand-même été préoccupés par cette situation depuis le pays de sorte que nous n'avions pas souhaité la création d'une fédération fut-elle en Allemagne sur des bases conflictuelles c'est pourquoi à la création de cette fédération nous avons envoyé une correspondance depuis le pays pour demander de surseoir à tout jusqu'à l'arrivée d'une délégation que j'allais conduire en tant que Chargé des affaires extérieures.
Malheureusement cela n'a pas été le cas.
Maintenant que je suis là et vu la situation, je dois prendre mes responsabilités en tant que Chargé des affaires extérieures car plus tard la jeunesse nous demandera des comptes à rendre
. Donc je programme d'abord d'inviter le Bureau Fédéral pour une discussion ; ensuite je vais convoquer une Assemblée Générale de tous les militants et sympathisants de l'ATLMC pour faire l'état des lieux.
In -T: Que pensez-vous des 22 engagements pris par le gouvernement Koffi Sama auprès de l'UE et de l'attitude divisionniste de l'opposition en ce début du dialogue inter togolais ?
Dr. B. G : Nous saluons l'attitude courageuse du gouvernement togolais de reconnaître enfin par ses engagements que c'est le régime actuel qui bloque l'avènement du Togo dans le concert des nations civilisées. Maintenant reste à savoir si Eyadema permettra leur application. Que Dieu le guide. Des 22 engagements pris, trois me paraissent essentiels à savoir :
Engagement n° 1-2
Engagement de garantir, sans délai, l'action libre de tout parti politique à l'abri de tout acte d'harcèlement, d'intimidation ou de censure.
Engagement n° 1-3
Engagement de procéder, en partant de l'Accord Cadre de Lomé, à une révision du cadre électoral, garantissant un processus électoral transparent et démocratique, et acceptable par toutes les parties dans un délai de 6 mois.
Engagement n° 1-5
Engagement d'organiser de nouvelles élections législatives, dans des conditions transparentes et en acceptant des observateurs internationaux à tous les stades du processus, dès que possible et suivant le cadre prévu à l'engagement 1-3 cité précédemment.
Le Togo est malade de deux choses essentielles : la sécurité et les élections libres et transparentes. Donc l'application de ces trois engagements permettra de mettre facilement en œuvre les 19 autres.
Quant aux partis politiques qui se précipitent aux portes du dialogue je dis que c'est purement de la diversion car le cadre de l'application a été bien défini à l'engagement n° 1-1 qui dit : << Dans le but d'assurer le plein respect des principes démocratiques, annonce sans délai une reprise ouverte et crédible du dialogue national avec l'opposition traditionnelle et la société civile, dans un cadre structuré et transparent >>. Donc à partir du moment où il y aura des élections transparentes, chaque parti politique ayant des candidats doit avoir ses représentants à tous les stades du processus. Cela est suffisant pour ne pas créer les problèmes là où ils n'existent pas et donner un alibi au dictateur pour flouer tout le monde.
Quant à la question de l'union de l'opposition pour affronter le dialogue je crois que ce n'est pas nécessaire. Nous avons eu beaucoup d'expériences avec les leaders de l'opposition. Ils ont toujours fait semblant d'être ensemble alors qu'ils se détestent cordialement.
Pour moi c'est parce qu'on ne peut pas avoir d'élections transparentes qu'on cherche la stratégie de l'union de l'opposition pour faire peur au dictateur sinon en démocratie chacun doit se présenter devant les électeurs et celui qui sera choisi aura la charge de l'Etat pour un mandat après lequel le peuple lui demandera des comptes à rendre. Donc nous voulons désormais que le bulletin de vote ait un sens au Togo et on verra qui est vraiment populaire.
In-T : En tant qu'homme politique que proposez-vous pour qu'enfin une démocratie sincère s'installe au Togo ?
Dr. B. G : Comme je vous l'ai dit plus haut, le Togo est malade de la sécurité et des élections libres et transparentes. Alors se fondant sur l'expérience de l'Accord de Ouagadougou de 1993 qui nous avait fourni une pincée de transparence qui nous avait permis un résultat acceptable que nous avons gâché par égoïsme, je voudrais faire deux recommandations sous forme de proposition dans le cadre du dialogue .
Recommandation sur la sécurité :
Présence d'observateurs civils et militaires des Nations-Unis et/ou de pays étrangers et d'organisations internationales.
Observateurs civils : au nombre de 5 (un observateur par région administrative) pour une durée de 6 mois.
Observateurs militaires : au nombre de 106 ( 3 observateurs par région administrative et 3 observateurs par préfecture) avec un Coordinateur Général basé à Lomé. Ces observateurs utiliseront les services de Police, de Gendarmerie et de corps de Gardiens de Préfecture pour une durée de 4 mois.
Recommandation sur les élections transparentes :
libre accès aux médias d'Etat
- code électoral consensuel donc accepté par tous
- Commission Electorale Indépendante.
L'Accord Cadre de Lomé était déjà à un niveau quand le RPT a mis les pieds dans les plats. Pour gagner du temps il suffit de démarrer à partir de là où on s'était arrêté mais en reprenant l'élection des membres de la commission électorale.
In-T : Que pensez-vous des derniers rapports accablants de la LTDH et de la FIDH sur la situation des droits de l'homme au Togo ?
D.B.G : savez, déjà en 1991 lors de la conférence nationale souveraine, les togolais étaient animés par les problèmes politiques essentiellement ceux des droits de l'homme. Car en cette matière, le régime du Général Eyadema avait un lourd passif : viols, tortures, assassinats politiques, déportations, arrestation et détentions arbitraires, licenciements abusifs, brimades et autres traitements cruels, inhumains et dégradants ; bref la gamme complète de violation des droits de l'individu avait été utilisée sous le règne du parti unique et les togolais avaient vécu ces maux dans le silence, un silence obligé, qualifié de paix par la propagande officielle.
J'ai encore en mémoire le calvaire des populations du nord du pays dont le Général Eyadema et son fils le Colonel Ernest Gnassimgbé ont le droit de vie et de mort.
Dans cette région, jusqu'à la conférence nationale, les animaux avaient plus de valeur que les hommes de telle sorte que sous le prétexte de protection de la faune les militaires passaient dans les maisons et gare si on trouvait de la viande sauvage dans la casserole de la mère de famille. Le père de famille se retrouvait en prison sans jugement jusqu'au jour où on se rappellera de lui.
Eyadema ne sait pas que la personne humaine est la plus précieuse des richesses qu'il faut protéger.
Donc tour à tour c'était d'abord le rapport accablant 2003 du Département d'Etat américain sur la situation des droits de l'homme au Togo, ensuite le rapport de la LTDH (Ligue Togolaise de Défense des droits de l'Homme) du 27 mai 2004 aussi accablant et enfin celui de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l'Homme) le 8 juin 2004 tout aussi accablant sous le titre :Togo : L'arbitraire comme norme et 37 ans de dictature
Cela ne m'étonne pas, ce qui prouve que rien n'a changé et c'est l'impunité totale. D'ailleurs si quelque chose avait changé on n'aurait pas organisé mon enlèvement du 21 février 2003
. Ce qui est regrettable et pitoyable pour les togolais c'est que l'Europe n'est même pas consciente de ce qu'ils subissent ; ce qui fait qu'on assiste à des déportations humiliantes de demandeurs d'asile alors que le dictateur bénéficie de la complaisance de certains dirigeants européens.
L'Europe ferait mieux d'aider à guérir le mal. Ce n'est pas de gaîté de cœur que les togolais sont en Allemagne et s'ils ont pour beaucoup choisi ce pays c'est que entre le Togo et l'Allemagne, il y a une communauté de destin :
L'Allemagne a vécu la dictature militaire nazi d'Hitler et le Togo ancienne colonie allemande vit la dictature militaire d'Eyadema.
Les togolais estiment donc que s'il y a un pays qui doit les comprendre c'est bien l'Allemagne et ils n'ont pas tort.
L'Allemagne sait comment la liberté est précieuse.
Quant au Président français Jacques Chirac soutien moral du dictateur, nous lui rappelons qu'il vient de réunir autour de lui le 6 juin 2004 ses pairs d'Europe, d'Amérique et de Russie pour commémorer l'anniversaire du débarquement des alliés. Il y a eu ces années là d'énormes pertes en vies humaines : 30 millions en Europe, 20 millions en Russie et des centaines de milliers d'américains ; ceci contre la dictature nazi d'Hitler et donc pour la démocratie.
Cela prouve que la liberté n'a pas de prix et si c'était à recommencer ils seront encore prêts. Alors nous voulons lui dire que de la même manière que la liberté est précieuse chez les français elle l'est autant chez les togolais.
Qu'il nous laisse en paix nous occuper de notre dictateur.
In-T : Dr.Gandi nous vous remercions.
Dr. B. G : C'est à vous le remerciement.
Une Interview réalisée par :
Ali Tchassanti Uorobou Tchakpedeou Enkibou Tchagole Photos:
Abibou Mohamed
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