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Entretien entre le sécrétaire général de la CDPA-BT, Le professeur Gu-Konu et le Journal de la communauté togolaise en Allemagne infos-Togo.

Lors de son passage en Allemagne le 21 Août dernier, le prof Gu-Konu s'est entretenu avec notre journal pour donner son point de vue sur les moyens et actions à mener afin de sortir le Togo de sa crise actuelle

Infos-Togo : Prof. Gu-Konu Emmanuel, vous êtes le Premier Secrétaire de la CDPA-BT, un parti de d'opposition qui estime que les partis d´opposition ne devraient pas se battre les uns contre les autres pour le pouvoir tout de suite mais se battre ensemble pour la fin du régime de dictature d´abord.
Dans le souci de trouver une solution à la longue crise que connaît le Togo, l'Union Européenne a fait prendre une série d'engagements au gouvernement togolais.
Que pensez-vous de cette initiative ?


Le Proffeseur Gu-Konu Gu-Konu : L'UE fait ce qu'elle juge bon de faire en ce moment pour contribuer à la résolution du problème politique togolais. Il faut l'en remercier. Mais rappelons qu'il ne s'agit pas seulement d'améliorer les conditions de vie des Togolais dans le cadre du régime de dictature en place, mais de mettre fin à ce régime pour pouvoir installer la démocratie dans le pays.
De ce point de vue, nous avions déjà dit que le processus engagé à Bruxelles le 14 avril dernier ne permettra pas de résoudre le problème politique togolais. Car, l'expérience a montré que cette fois encore, le régime se contentera seulement de faire semblant pour se donner du temps jusqu'en 2008, et pour obtenir le rétablissement complet de sa coopération avec l'UE. Les actes posés par le régime depuis le 15 avril 2004 semblent aller clairement dans ce sens.
Mais nous savons par ailleurs que l'UE peut, si elle le veut, se donner les moyens nécessaires d'aller plus loin dans la pression qu´elle exerce sur le régime. Mais il faut, pour cela, que l'opposition togolaise elle-même s'organise mieux pour mener la lutte pour la fin du régime de dictature avec plus de cohésion et plus de détermination politiques.

In-T: Tout porte à croire que le dialogue engagé dans le cadre de ces engagements semble être enterré avant qu'il ne commence. Si le dialogue avec le pouvoir venait à échouer pour la septième fois dans l'histoire de la révolution démocratique togolaise, quelle sera alors l'alternative pour sortir le Togo de son cauchemar?

Gu-Konu : Si ce dialogue parvenait à résoudre la crise dans le sens des aspirations de la population, nous serons les premiers à applaudir. Mais comme pour l'ensemble du processus de Bruxelles, nous n'avions jamais cru que ce 7ème dialogue pourra résoudre le problème politique togolais. Et nous ne le croyons toujours pas.
C'est pour cela que depuis deux ans déjà, nous avions proposé l'idée de la nécessité de l'émergence d'une Force Alternative d'Opposition. Cette idée n'est pas une alternative à la démarche initiée par l'UE le 14 avril. C´est une alternative à la politique d'opposition conduite jusqu'à présent par le courant dominant de l´opposition. Il ne faut pas attendre la fin du processus de Bruxelles avant de commencer à construire le Mouvement de la Force Alternative d´Opposition. Il faut commencer à le faire dès maintenant . Car, il peut aider les efforts de l´UE à porter de vrais fruits. Dans tous les cas, il ne s'agit pas de tourner le dos aux efforts venant de l'extérieur, mais de mettre l'accent sur l'organisation de la masse de la population pour en faire une force politique capable d'exercer un minimum de pression politique.

In-T: La CDPA-BT propose donc, après un constat d'échec de quatorze ans de lutte, la nécessité de l´émergence d'une Force Alternative d´Opposition sous la forme d´un vaste mouvement politique. Ce mouvement doit avoir pour noyau dites-vous une alliance de partis d´oppositions. Après tout ce qui s´est passé avant et pendant les élections présidentielles de juin 2003, pensez-vous que les partis politiques d'opposition sont toujours capables des'unir?

Gu-Konu : Effectivement, le Mouvement de la Force Alternative d'Opposition n'est pas un parti d'opposition de plus, mais un rassemblement le plus large possible de tous ceux qui veulent la fin du régime de dictature (individus, organisations associatives, syndicats, partis politiques...) Mais ce sont des partis politiques qui peuvent lui donner une colonne vertébrale et orienter son action dans le sens qu´il faut.

Les partis d'opposition sont capables de s'unir sur la base d'une plate-forme politique commune pour jouer ces rôles indispensables ; mais à condition toutefois que l'objectif ne soit plus se battre chacun pour soi et contre les autres pour accéder au pouvoir tout de suite, mais se battre ensemble pour la fin du régime d'abord. Car, se battre les uns contre les autres pour le pouvoir tout de suite oppose forcément les partis d'opposition entre eux et divise l'opposition dans son ensemble ; alors que l'objectif de la fin du régime de dictature d'abord est de nature à rassembler tous ceux qui sont contre le régime. Un tel rassemblement renforce nécessairement l'opposition.

Si les partis d'opposition n'ont pas pu s'unir jusqu'à présent, c´est parce qu´ils avaient choisi dès le départ l'objectif de l'accès au pouvoir tout de suite et la concurrence entre eux pour l'atteindre. C'est cette concurrence pour le pouvoir qui est à la base de la politique conduite par le courant dominant de l'opposition depuis février 1992. C'est elle qui rend l'union impossible.

L'union de l'opposition ne pourra jamais se faire tant que l'objectif poursuivi par chaque parti de l´opposition restera l'accès de son leader au pouvoir tout de suite. Pour que l'union soit possible, il faut changer d'objectif et sortir pour le moment de la logique de la compétition entre partis d'opposition.

In-T : Si les partis d´opposition ne parviennent pas à s´unir, pensez-vous qu' un seul parti sera-capable de mobiliser tous les militants de l'opposition démocratique ? pour la lutte décisive

Gu-Konu :Oui. A condition que ce parti soit bien organisé, qu´il soit un parti de masse et un parti réellement démocratique. Nous l´avons déjà dit ailleurs : ce que 10 partis d´opposition n´arrivent pas à faire parce qu´ils sont incapables de s´unir pour les raisons déjà évoquées, un seul parti peut le faire s´il est bien organisé et s´il constitue la conscience agissante du peuple opprimé.
Mais pour que le Mouvement de la Force Alternative d´Opposition émerge vite et soit fort, il vaut mieux que ce soit l´ensemble des partis d´opposition qui en soient le moteur, ou tout au moins une franche alliance de ceux qui, parmi eux, acceptent cette nouvelle orientation de la politique d´opposition.
Précisons d´ailleurs que l'idée de la force D'opposition et le mouvement qu'elle inspire ne sont donc pas des astuces pour qu'un parti d'opposition ou un groupe de partis alliés raflent aux autres organisations leurs militants. C'est au contraire une proposition pour un rassemblement le plus vaste possible pour mettre fin au régime de dictature. La lutte contre le régime de dictature ne peut atteindre son objectif en restant la lutte de quelques chefs de parti pour le pouvoir. Elle ne peut réussir qu'en devenant une lutte de masse impliquant de façon organisée tous ceux qui veulent la fin de la dictature dans le pays.

In-T: Il se trouve que M. Gilchrist Olymoio, leader de l'UFC a recouvré un titre de voyage qui lui permettra de se rendre au Togo. Êtes-vous de ceux qui pensent que sa présence sur le terrain servira d'adjuvant en donnant plus de tonus à la mobilisation populaire contre le régime Eyadema.

Gu-Konu : La présence de Gilchrist Olympio sur le terrain, comme celle de tous les opposants au régime et leurs actions concertées dans une stratégie politique commune sont des conditions nécessaires pour donner plus de tonus à la mobilisation populaire. Mais la question qui se pose aujourd'hui n'est pas qui va donner du tonus à la mobilisation populaire, mais quelle stratégie politique peut rendre cette mobilisation possible et efficace. Un homme charismatique ne sert à rien s'il n'agit pas dans le cadre d'une politique d'opposition concertée, cohérente, conséquente et efficace.

In-T: M. Gu-Konu, vous bougez beaucoup dans le cadre des activités politiques et vous êtes à l'instant où nous sommes dans nos murs, plus précisément à Essen (Allemagne) où vous avez assisté aux travaux du séminaire d'information et de formation politique organisé par la CDPA-BT e.V (CDPA-BT Section d'Allemagne) du 19-20 juin 2004 dans le cadre de ses 2e Journées Africaines. Ces Journées ont été clôturées le 17 juillet 2004. Quel bilan faites-vous de ces travaux auxquels vous avez assistés lors de votre long séjour en Allemagne?

Gu-Konu : Le bilan me paraît positif. La situation politique et ses perspectives d'évolution ont fait l'objet d'échanges fort riches. L'idée de la Force Alternative d'Opposition et le mouvement qu'elle inspire ont donné lieu à un débat critique très positif. Qui a débouché sur des décisions que j'estime justes et nécessaires pour faire avancer le processus de démocratisation dans le pays. Il est important que les opposants togolais se parlent vraiment entre eux pour lever les malentendus inutiles et avancer. Les participants ont souhaité voir ces types de rencontre se renouveler et se multiplier au sein de la diaspora comme sur le terrain au Togo. Ce souhait montre que le séminaire a répondu à une demande réelle. Il faut avoir une bonne information et une bonne formation politiques pour pouvoir avoir de bons réflexes politiques.
Mais les bonnes décisions prises au cours de ce séminaire ne serviront à rien si elles ne se prolongent pas par des actions concrètes. Il revient donc à chaque participant d'agir concrètement pour contribuer à la réalisation de ces décisions conformément aux promesses faites.

In-T: Avez-vous un message à l'endroit de la diaspora togolaise dans le monde et celle de l'Allemagne en particulier?

Le prof. Gu-konu et Assosso-Touré Gu-Konu : L'histoire nous apprend que des diasporas confrontées à des régimes de dictature de même type que celui qui sévit au Togo depuis plus de 40 ans ont activement contribué à libérer leur pays de l'oppression. Il n'y a pas de raison que la diaspora togolaise ne parvienne pas à jouer un rôle identique dans la situation politique actuelle. Et de fait, ils sont très nombreux au sein de la diaspora à vouloir la fin du régime de dictature au Togo et ils sont nombreux à essayer d'agir dans ce sens. Mais les efforts sont dispersés, trop souvent individuels ou groupusculaires faute d'une bonne organisation, d'un cadre cohérent d'action. Dans l'optique d'une nouvelle politique d'opposition que tout le monde réclame, le Mouvement de la Force Alternative d'Opposition s'offre comme un cadre possible où chacun peut apporter sa contribution. Il faut que la diaspora togolaise se donne une bonne organisation pour valoriser ce cadre.
Aujourd'hui plus que jamais, la lutte pour la fin du régime de dictature consiste avant toute chose en un travail d'organisation plus méthodique de la masse de la population pour faire émerger d'elle une force politique réelle capable de peser sur l'évolution du pays dans le sens d'une démocratie participative. Ce travail d'organisation est un travail exigeant qu'il faut mener sur le terrain. Les membres de la diaspora ne sont malheureusement pas sur place pour participer au jour le jour à ce travail aux côtés de ceux qui s'efforcent de le faire sur le terrain. Ils peuvent cependant apporter une contribution décisive sous des formes diverses (matérielles, financières, intellectuelles, ...) comme l'ont fait d'autres diasporas en d'autres circonstances. Le séminaire a d'ailleurs largement débattu de ces formes possibles de participation concrètes de la diaspora à ce travail de terrain et fait des propositions précises dans ce sens. Enfin, face aux échecs répétés de la politique d'opposition dominante et des pratiques peu recommandables de certains exilés togolais, la diaspora aussi est de plus en plus gagnée par le découragement.
Il faut se battre contre ce découragement massif. Parce que c'est en fin de compte l'allié le plus sûr du régime de dictature.

Une interview réalisée par:
Ouro Djikpa Tchatikpi, Ali Tchassanti, Assosso Toure Simwè

Photos Abibou Mohamed



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Citations
Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela «



 

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