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Entretien entre le Dr.phil. Lukonde Luansi et le journal de la communauté togolaise en Allemagne Infos-Togo.
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Dr.phil. Lukonde Luansi, Bonjour, vous êtes un ancien journaliste de la Radio nationale d'Angola et du "Jornal de Angola". Politologue et chargé des cours à l'institut des sciences politiques de l'Université technique de Aachen en Allemagne.
Collaborateur à la fondation allemande pour le développement international et à la revue "Afrika Süd". Membre fondateur de l'association des cadres angolais en Allemagne et militant du Parti démocratique et libéral de l'Angola.
Votre pays vous avait rejeté. Vous aviez même fait la prison à cause de vos idées. Aujourd'hui, contre toute attente, vous acceptez de retourner définitivement après plus de 18 ans d'exile en Allemagne.
L'Angola votre pays réunit toutes les conditions d'une stabilité pour le retour de tous ses filles et fils ?
Dr Louk : Commençons d'abord par éclaircir une chose. Mon pays ne m'a pas rejeté. Je fus contraint de quitter ma patrie comme des milliers de mes compatriotes pour des raisons politiques. À l'époque j'étais journaliste au " Jornal de Angola ", l'unique quotidien national et j'étais poursuivi par le tribunal militaire pour sabotage idéologique comme on disait à l'époque sous le régime marxiste-léniniste. Ayant éclairci cette question passons maintenant au deuxième volet. Comme vous le savez, l'Angola a connu l'une des plus longues guerres fratricides d'Afrique et toutes les infrastructures ont été détruites.
A la question de savoir si toutes les conditions sont réunies pour le retour, je répondrai oui et non.
Je vais m'expliquer. Sur le plan politique il y a une ouverture depuis la mort du chef rebelle, Jonas Savimbi. Le gouvernement de Mr. Dos Santos, dont je conteste d'ailleurs la légitimité, cède aux pressions exercées par la société civile et les partis politiques.
La société civile angolaise avec les églises chrétiennes en tête occupe peu à peu l'espace et se fait entendre.
Les libertés individuelles et collectives sont plus ou moins respectées. La situation n'est pas encore stable mais elle va dans la bonne direction comme j'ai pu le constater pendant mon séjour au mois d'octobre dernier.
Sur le plan social et économique il existe une disparité totale, un contraste révoltant entre les plus riches et les plus démunis.
Infos-togo : Quels sont les signes positifs qui vous poussent à rentrer travailler à Luanda comme professeur de politologie et ceci après plus de 18 ans ?
Dr Louk: Vivre en exil même si celui-ci est doré n'est pas facile. Dans mon cas personnel je me sens plus utile en Angola qu'en Europe.
En exil j'ai œuvré dans l'opposition non armée dans mon parti - le PDLA (Parti libéral et démocratique d'Angola) qui est actuellement reconnu et légalisé selon la constitution de 1991. Pendant mon séjour j'ai constaté le manque des cadres et comme l'université Agostinho Neto venait de créer le département des sciences politiques j'ai directement répondu à l'appel de mes amis et anciens collègues d'université. Sur le plan social je préférerai rester en Allemagne que d'aller en Angola. Mais quand on a un idéal, on essaye parfois de tenter ce qui paraît impossible. Je veux le changement et je voudrai contribuer à ce changement. Ma seule contribution c'est de former les jeunes angolais et angolaises pour un futur meilleur.
Infos-Togo: Vous revenez de Luanda il y'a quelques semaines. Pouviez-vous nous décrire la situation socio-politique et économique de l'Angola après 25 années de guerre civile " ?
Dr Louk :La situation socio-économique de l'Angola est catastrophique. D'une part le pays produit environs 1 million de barils de pétrole par jour sans parler des diamants mais il n' y a pas une distribution équitable des richesses du pays.
La pauvreté a atteint son comble. La disparité entre les riches et les pauvres est révoltante. La guerre ne justifie pas tout. Il y a un certain manque de sensibilité sociale et politique des gouvernants.
Mais à côté de cette misère il y a une volonté de changement. J'ai eu l'occasion de bavarder avec différentes personnes, j'ai pu constater cet espoir de changement. Pour les Angolais et Angolaises, deux années sans hostilités militaires - à l'exception de l'enclave de Cabinda - c'est quelque chose de nouveau.
Les gens n'attendent rien de l'Etat angolais. Ils prennent l'initiative. Ils reconstruisent les villages, les écoles et tout va si vite comme s'ils voulaient oublier le passé. Je crois que le gouvernement angolais pourrait faire mieux. Mais quand tout est détruit, c'est parfois difficile pour un gouvernement - quelque soit sa volonté - de résoudre tous les problèmes à la fois.
Il faut des priorités. Les populations n'ont pas encore les dividendes de la paix. Je suis personnellement contre une conférence internationale des donateurs pour la reconstruction de l'Angola.
Si les uns et les autres ont mobilisé les ressources du pays pour le détruire, ils doivent aussi assumer cette responsabilité pour la reconstruction. Chacun doit assumer sa part de responsabilité. Les moyens financiers ne manquent pas.
L'Angola n'est pas un pays du Sahel. Nous avons des ressources incommensurables pour faire de ce territoire un paradis sur terre comme dit mon compatriote, le romancier Pepetela.
Infos-Togo: Dr, Vous êtes un intellectuel africain. Professeur de politologie à l'Université d'Aix-la Chapelle en Allemagne. Vous êtes un exemple pour les africains. Pouviez-vous nous dire les domaines dans lesquels l'intellectuel africain doit axer sa lutte pour libérer l'Afrique de sa misère ?
Dr Louk : Les problèmes diffèrent d'un pays à l'autre. La situation angolaise n'est pas comparable à celle du Ghana ou du Togo. De ce fait, chaque pays a ses priorités. Mais la question qui nous est commune à toute l'Afrique au sud du Sahara est la lutte contre la pauvreté, l'exclusion sociale et le chômage pour ne citer que quelques exemples.
En tant que cadre africain et politologue je commencerai d'abord par l'établissement d'un Etat de droit, une vraie démocratie ayant une solide base de la culture africaine c'est-à-dire la redécouverte de la culture de discussion et de la palabre pour résoudre les problèmes les plus urgents de nos communautés de base. Sans une organisation politique stable où les règles de jeu sont respectées, rien ne sera fait durablement. Nos Etats doivent être réorganisés en tenant compte de leur diversité. Il faut qu'il y ait nécessairement une régionalisation/décentralisation politico- administrative à tous les niveaux. Je vous donnerai un exemple. Je suis allé dans une province au sud de l'Angola, j'ai discuté avec les autorités locales que j'ai connues ici en Allemagne pendant un séminaire du Ministère allemand de la coopération sur la décentralisation. A ma question de savoir l'action des autorités locales, tous répondirent qu'ils ne pouvaient rien faire par ce que tout se décide à Luanda, la capitale.
Beaucoup de ces hommes et femmes cachent leur incompétence notoire en se cachant derrière la machine administrative centrale. Ils leur manquent parfois l'esprit d'initiative pour trouver des solutions locales pour des problèmes locaux. Vis-à-vis des populations ils n'ont aucune responsabilité politique puisqu'ils sont nommés directement de Luanda.
Infos-Togo: Quels sont les rapports entre les intellectuels angolais et la classe dirigeante ?
Dr Louk : En tout cas je ne me reconnais pas comme intellectuel angolais, membre d'un groupe social organisé. Je suis d'abord un individu commun.
Chacun, selon ses convictions, se positionne. Parmi les intellectuels angolais il y a ceux qui sont vraiment fanatiques pour des raisons matérielles et qui mènent une politique d'exclusion et d'obstruction, d'autres par contre bien qu'étant en bon rapport avec la classe dirigeante savent que ce pays appartient à tous et ils agissent dans ce sens.
Infos-Togo : En plus de 40 années d'indépendance des pays africains, l'Afrique et ses intellectuels ne font que du surplace dans les domaines politiques comme économiques. Ce retard est -il la manifestation d'une non volonté des africains eux-mêmes où de leurs puissances coloniales ?
Dr Louk : Il ne faut pas généraliser. Le bilan est évidemment négatif, mais il y a des domaines où les gouvernants africains ont fait mieux que les administrations coloniales. Pensez seulement au domaine de l'enseignement. Depuis quelques années les choses bougent en Afrique. Certains pays africains ont un bilan positif que les pays de l'Europe de l'Est. Le Botswana est plus prospère que la Roumanie. Les revenus per capita au Botswana sont supérieurs qu'en Roumanie. Le Ghana après la transition sous Rawllings va dans la bonne voie. Le Bénin consolide son système politique sans parler de l'Afrique du Sud qui est le moteur dans la région australe de notre continent. Nous avons encore certes des problèmes, mais je constate avec une certaine fierté que les pays qui ont appliqué au sérieux les réformes politiques et économiques réussissent mieux. L'Afrique n'est pas en retard à mon avis. On ne peut pas comparer l'Afrique avec la vieille Europe. On doit comparer les pays africains entre eux. De ce fait nous avons une Afrique à deux vitesses.
Le Sâo-Tomé et Príncipe est plus stable que le Togo qui souffre de l'autoritarisme de Mr. Eyadéma. A mes frères togolais je vous conseillerai d'opter pour une transition civile non armée à la chilienne. L'action militaire est la plus mauvaise de toutes les options. Je sais de quoi je parle.
Infos-Togo: L'honneur national n'existe que là où le peuple et l'Etat se manifestent par des réalisations sur tous les plans. La notion d'Etat existe-elle en Afrique ?
Dr Louk : La notion d'Etat existe bien en Afrique bien qu'elle soit encore à un stade inférieur. Nos Etats sont faibles. Elf Aquitaine ou Shell ont beaucoup plus de pouvoir que certains gouvernants africains dans leurs pays respectifs.
Il faut changer cet état des choses. Les gouvernants doivent se réconcilier avec les gouvernés, sinon nous continuerons à vivre le cycle de la violence politique et sociale. Les pays africains doivent définir leurs intérêts. Dans mes discussions avec certaines personnes à Luanda, quelques uns voulaient me faire croire qu'il existait une menace islamique en Angola.
Je leur avais répondu que l'Angola n'a rien à gagner dans cette soi-disant lutte anti-terroriste.
Nous avons d'autres priorités c'est d'abord de faire en sorte que les angolaises et angolais
profitent de la paix et de ses dividendes.
Infos-Togo : Vous retournez en Angola juste au moment où on parle de la " fuite des cerveaux " africains vers les pays développés .En tant qu'intellectuel, comment peut-on arrêter cette immigration massive des diplômés africains et quels conseils donneriez-vous aux intellectuels africains qui préfèrent vivre dans les pays riches pour toujours ?
Dr Louk : On ne se nourrit pas du patriotisme. Chaque être humain aspire à une meilleure vie. Les gouvernants africains doivent offrir des meilleures conditions à leurs cadres nationaux. Aucun cadre n'exige un salaire équivalent à celui des pays occidentaux, on demande un salaire décent sans être obligé de faire de la gymnastique pour atteindre les deux bouts du mois. De ce côté l'Angola vient de faire un saut très important. Un cadre universitaire gagne mensuellement environs 1.000 US$. C'est encore une somme très infime mais en comparaison avec les pays de la région c'est vraiment juteux.
Quant aux ressortissants africains qui préfèrent vivre hors de leurs pays d'origine, je dirai que c'est une question de liberté individuelle et des opportunités. Comme on dit en portugais, il ne faut pas demander à un cavalier de descendre du cheval pour monter sur un âne.
Infos -Togo : vous rassure de son soutien pour votre initiative. Croyez-vous sur place à Luanda ne pas faillir á l'éducation des masses et de la jeunesse en particulier tâches que vous vous êtes fixées ?
Dr Louk : Excusez-moi de vous corriger. Je ne ferai pas l'éducation des masses. Si par ce terme vous vous référez comme les marxistes, là je dois vous décevoir.
Je n'ai jamais épousé les idées marxistes. J'assumerai mes responsabilités comme éducateur. J'ai des projets en tête. Mes futurs étudiants auront une participation active et décisive dans la réalisation de ces projets. Je serai plus un coordinateur qu'un professeur puisque je compte faire des recherches dans les communautés de base pour mieux appréhender la notion de " l'arbre aux palabres " et d'étudier les possibilités de son application dans la gestion d'une collectivité locale.
Merci Infos-Togo
Le Journal de la communauté en Allemagne vous souhaite un bon retour dans votre pays
Interview réalisée par
Camus Ali,
Ali Tchassanti
Gansa Emmanuel Soma
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| Citations |
Etre libre, ce n'est pas seulement
se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce
la liberté des autres. « Nelson Mandela
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Les petits ruiseaux font les grandes rivières
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