Une humiliation qui ne dit pas son nom : Sortis directement des camps de déportations de la Suisse, de la Belgique et notamment de l'Allemagne, encadrés par une cinquantaine de policiers et un médecin, ces déportés n'auront jamais la chance ou l'occasion de dire un aurevoir ou un adieu à un proche parent, à un compatriote ou même à sa femme et à ses enfants, ceux que l'on aime plus que tout au monde. Ils sont déportés comme s'ils étaient des moutons ou des chèvres qu'on embarquait pour une destination à l'issue incertaine.
Pourtant Ils n'ont ni volé, ni tué ni violé. Leur seul tort, c'est d'avoir rêvé et cru à l Eldorado européen, d'avoir pensé à de meilleures conditions de vie et pour la plupart, fuyant les inégalités sociales exacerbées par le manque de volonté politique de certains dirigeants qui ne font aucun effort pour relever et améliorer les conditions de vie des concitoyens.
Ils sont comme vous et moi embarqués dans un monde qu'ils croyaient serein et vertueux et aujourd'hui, ils payent simplement le prix des nouvelles règles non écrites qui régissent la nouvelle Europe transformée en labyrinthe infranchissable au point que les forces ténébreuses qui la hantent obligent les hommes politiques à diaboliser les étrangers pour gagner la confiance des électeurs ; et ce n'est pas pour rien que le ministre de l'intérieur de Hamburg s'est réjouie de cette déportation ignoble.
Si au nom de la lutte contre le terrorisme international et l'éradication des mouvements islamistes " déguisées en combat contre l'immigration clandestine les autorités Européennes de l'immigration peuvent se donner le loisir et le droit de décider de la conduite à tenir de chaque étranger, il est inconcevable et voir inadmissible que des pays que l'on croyait à démocratie avancée et dont les fondements se basent sur le respect des droits de l'homme et les libertés individuelles puissent arrêter des individus,les enfermer dans des camps spécialement conçus pour la circonstance pendant des mois et plus tard les déporter dans des conditions inhumaines contrastant par la même occasion les valeurs prônées par ces mêmes pays.
Débarqués à Lomé, à Ouagadougou et à Cotonou, et remis aux gendarmes, ils passeront quelques heures pour une interview que certains griots tenteront de récupérer pour en faire une arme dans certaines circonstances et seront laissés sans orientation aucune et livrés à eux mêmes comme il y a quelques années lorsqu'ils avaient tout abandonné pour une aventure dont l'issue est désormais connue.
Devant cette situation aussi nébuleuse que fatale, plusieurs interrogations s'imposent :
- d'abord sur le rôle et la nature même de la diaspora Africaine en Allemagne, cette diaspora qui a brillé par son absence à l'aéroport de Hamburg suite à l'appel lancé par les organisations de défense des droits de l'homme et des réfugiés (des ONG Allemandes qui luttent aux cotés des étrangers) mobilisées pour protester contre la déportation des Africains le 13 Septembre dernier;
- ensuite la détermination des services d'immigration à vider l'Europe de tous ceux qu'ils considèrent comme des illégaux et cela quel que soit le prix à payer, même dans les circonstances les plus inhumaines.
Nous pensons qu'il est désormais impératif de créer un groupe composé d'élites africaines, capable de défendre toute la diaspora africaine qui se trouve à la croisée des chemins et qui a du mal à masquer toutes les difficultés liées à l'intégration dans les milieux d'accueil.
Wuppertal Allemagne 19 septembre 2004
Ali Tchassanti
|