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ELECTIONS PRESIDENTIELLES AU CAMEROUN

Entretien entre le coordinateur provincial du SDF-Allemagne (Social Democratic Front) Parti de l'Opposition Camerounaise M. Jean Robert WANKO et le journal de la communauté togolaise en Allemagne Infostogo

Ni John Fru Ndi  président du Parti camérounais SDF 1- Infostogo : le président Paul Biya vient de signer un décret convoquant le corps électoral pour l'élection présidentielle le 11.10.2004.Attendiez-vous au SDF á cette date?

J.R. WANKO : Disons que du point de vu de la constitution de notre pays, cette élection était prévisible à cette date. Le Président Biya n'avait plus une grande marge constitutionnelle pour convoquer le corps électoral. Mais seulement nous avons déploré la sourde oreille de M. Biya qui n'a pas tenu compte des revendications de l'opposition avant de convoquer le corps électoral. Il faut noter que les inscriptions sur les listes électorales n'ont pas connu de succès, (on nous parle de 4,6 millions électeurs pour un électorat estimé à environ 8 millions de personnes) et le fichier électoral n'a pas pu être informatisé, la conséquence c'est que la fraude habituelle aura de nouveau lieu. Nous déplorons aussi le fait que la diaspora camerounaise soit une nouvelle fois privée du droit de vote malgré tous les appels et tous les efforts consentis ici en Allemagne, en Europe et aux USA.

2- Infostogo : Que peuvent cacher ces manœuvres quand on sait que à moins d'un mois de l'élection le président Paul Biya ne s'était pas encore prononcé sur sa propre candidature ?

J.R. WANKO : Le Président Biya voulait peut être prendre l'opposition à contre-pieds, il n'est pas du tout un démocrate. La convocation fantaisiste du corps électoral qui s'est faite de l'étranger et pour une élection qui aura lieu un jour ouvrable (malgré la situation économique agonisante) reflète la mauvaise volonté politique du régime de Yaoundé. En quelque semaines, l'opinion nationale et internationale n'aura pas le temps d'apprécier le système électoral camerounais. Ce sera l'occasion pour le Président Biya de camoufler les insuffisances de son régime et les impréparations de son administration qui il faut le signaler est chargée d'organiser ce scrutin.

3-Infostogo : De passage en Allemagne le 12.Octobre 2002 John Fru Ndi le président de votre parti le SDF se plaignait du manque d'union des oppositions en Afrique. Force est de constater que le SDF n'est pas dans la Coalition pour la Réconciliation et la Reconstruction Nationale (CRRN). La goutte d'eau vient de déborder le vase avec la décision du SDF de choisir son propre candidat du coup laissant son allié de toujours l'Union Démocratique Camerounaise (UDC). Par cet acte, le SDF ne contribue t-il pas à la réélection du président Paul Biya ?

J.R. WANKO : Le SDF est le principal géniteur de la Coalition pour la réconciliation et la reconstruction nationale CRRN. Nous n'avons pas quitté la coalition mais plutôt demandé aux autres membres de revenir sur la table de discussion pour poursuivre la procédure du choix du candidat court-circuitée à l'étape 3 pour des raisons que nous ne connaissons pas. Nous avons même donné un délai d'une semaine mais la réaction des autres n'était pas positive. A mon avis je trouve la démarche de mon parti assez honnête et sincère car ça ne sert à rien de taire les différences uniquement parce qu'ont veut arriver au pouvoir et de les étaler quand on y est ce qui peut d'ailleurs avoir des conséquences encore plus graves.

4- Infostogo: On parle du Cameroun, comme l'un des pays réunissant toutes les conditions d'une explosion á l'ivoirienne

J.R. WANKO : Le Cameroun est un pays d'hommes et de femmes qui aiment la paix mais le régime en place qui ne ménage aucun effort pour consolider cette paix éphémère contribue plutôt à la fragiliser. Nous devons reconnaître qu'il y a des problèmes au Cameroun. Le problème anglophone n'est toujours pas résolu, les populations du grand-nord ont publié un mémorandum en 2002 pour dénoncer leur marginalisation, la pauvreté gagne du terrain et la jeunesse quitte massivement le pays pour des aventures sans retours. Ce sont des signes qui ne contribuent malheureusement pas à la construction et l'édification de la nation camerounaise dont rêvaient nos martyrs tels Um Nyobé, Félix Moumié, Ernest Ouendié et autres.
Il est donc impérieux pour le Président Biya de débattre de ces problèmes avec les différents acteurs politiques au lieu d'opter pour la répression, le refus du dialogue et je dirai même l'arrogance.

5- Infostogo: Pourtant une union des partis d'opposition aurait précipité le départ de Paul Biya et de sa nomenclatura vieille de 22 années. Quelles leçons auraient tiré le SDF et les autres partis qui ont proposé des candidats des autres oppositions telle que l'opposition togolaise qui est allée aux élections présidentielles de juin 2003 en rang dispersé?

J.R. WANKO : La fonction de chef de l'Etat au Cameroun comme dans biens de pays africains est devenue vulgaire. Nos présidents bafouent tellement la loi que chaque personne se dit capable de pouvoir faire mieux. La multitude des candidatures n'est que la conséquence de la mauvaise gestion des pays par leurs chefs d'états respectifs. Sur un tout autre plan, des mécanismes constitutionnels devraient être mis sur pieds pour limiter le nombre de parti politique et de ce fait le nombre de postulant à la fonction de chef d'Etat.

6-Infostogo : Après 14 années de processus démocratique en Afrique, le combat politique semble se résumer à bien des endroits á la recherche du pouvoir. Le SDF votre parti n'est t-il pas un exemple?

J.R. WANKO : A mon avis, chaque parti politique doit aspirer au pouvoir et si le SDF le fait c'est tout à fait normal car nous avons une autre vision du Cameroun et celle ci est difficilement applicable dans l'opposition… Nous devons aspirer au pouvoir car c'est le meilleur moyen de mettre en pratique notre programme de société pour le Cameroun.

7-Infostogo: Revenons á l'organisation du scrutin. Quelles garanties de transparence vous propose l'adversaire le RDPC parti au pouvoir quand l'Observatoire national des élections (Onel) retient le chiffre de 4,6 Millions d'électeurs inscrits et que l'opposition table sur un chiffre de 7 á 8 millions d'inscrits?

J.R. WANKO : La position de l'opposition est unanime sur ce plan; l'organisation d' élections transparentes au Cameroun reste un secret de polichinelle. Le RDPC à travers son Ministre de l'Intérieur organise des élections auxquelles il est juge et partie. C'est une démarche autocratique et dictatoriale que nous du SDF condamnons avec les plus grandes énergies. L'observatoire ne joue pas du tout le rôle de la Commission Electorale nationale Indépendante (CENI) que nous réclamons depuis longtemps. Vous comprenez donc que aucune élection transparente n'est possible au Cameroun dans les conditions actuelles.

8) Infostogo : En 1992 les élections présidentielles aux yeux de tout observateur sérieux donnait votre parti gagnant. Les observateurs internationaux de NDI organisme américain très respecté ont relevé des irrégularités rédhibitoires qu'ils ont dénombré dans un rapport accablant. La puissance colonisatrice, la France quand á elle a envoyé tous ces ténors de gauche et de droite á Yaoundé féliciter le nouvel élu Paul Biya. Que préconisiez-vous au SDF au cas d'une réédition d'un coup de force du pouvoir en place au lendemain du 11 octobre 2004?

J.R. WANKO : Le Hold-up électoral qui a eu lieu au Cameroun en 1992 est une page triste dans l'histoire de notre démocratie. Le peuple camerounais est fortement mûr et n'acceptera pas un deuxième hold-up électoral.

9- Infostogo: Le Cameroun détient depuis quelques années la palme d'or de la corruption après son voisin le Nigeria selon Transparency International. C'est aussi l'un des pays au monde où le citoyen moyen ne sait même pas que son pays produit 300.000 barils de pétrole par jour. Paul Biya s'est toujours félicité de son bilan depuis 22 ans .Quel message aviez-vous au SDF à l'endroit de la jeunesse et du peuple camerounais?

J.R. WANKO : Les camerounais doivent comprendre qu'ils ont un leur rôle à jouer dans le combat pour une nouvelle Afrique, une Afrique libre, unie, démocratique, prospère et assoiffée de liberté et de justice. Pour cela, nous luttons pour un nouvel éveil des consciences. La jeunesse camerounaise ne doit en aucun cas tourner le dos à la politique car nous sommes appelés à être les acteurs de la scène politique de demain. Nous avons un contrat naturel avec notre pays et nous devons l'assumer avec foi, patriotisme et engagement. Je crois à un Cameroun et à une Afrique qui seront rebattis par des africains. Ne dit on pas quelque part que " qui ne fait pas la politique la subit ? " Ensemble, nous devons être des acteurs et non des spectateurs du developpement de notre continent.

Infostogo. Nous vous remercions

J.R. WANKO : C'est à moi de vous remercier pour l'opportunité que votre organe de presse accorde à notre parti le SDF et au combat politique qu'il mène en Allemagne et dans toute la Diaspora en général.

Propos receuillis par Ali Camus.



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Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela «



 

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