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Les Forces Armées Togolaises face au défi du Professionnalisme, de la Construction Nationale et de l'Humanisme.

Par Komdedzi Kofi FOLIKPO1


Le rôle joué directement et indirectement par des unités et éléments des Forces Armées Togolaises dans les derniers événements sanglants qui souillent la Terre de Nos Aïeux et endeuillent le Peuple Togolais depuis le 5 février 2005 demande encore une fois que des réponses objectives soient trouvées aux multiples interrogations sur sa genèse, sa mission, sa structure de commandement et la formation de son personnel.
Depuis la Conférence Nationale beaucoup d'acteurs politiques ont émis plusieurs opinions et propositions sur la vie de cette institution, sans pour autant avoir réussi un pari précieux : impliquer le Haut Commandement militaire dans un dialogue constructif, franc et sincère sur les questions d'intérêt général de la Nation. Les raisons de cette absence de dialogue tiennent d'une part de l'attitude défensive de feu Eyadema Gnassingbe qui considérait "son" armée comme un chef d'œuvre personnel et une chasse gardée, d'autre part des arguments souvent polémiques de certains hommes politiques togolais qui ont tenu jusqu'ici un dialogue de sourds avec le Haut Commandement militaire.
Ces arguments vont du phénomène de la "tribalisation" de cette institution à la question des dépenses militaires en passant par celle des effectifs dans les garnisons. Et pourtant ils n'ont jamais pu élucider de façon définitive les réalités historiques et socio-économiques connues par cette institution.
Par ailleurs, les argumentations ont souvent omis de s'interroger si les Forces Armées Togolaises sont vraiment trop bien équipées, trop bien entretenues, trop bien formées et trop bien rémunérées au point de peser véritablement trop lourd sur le budget national. Il convient donc de procéder d'une part à une démarche diachronique sur la vie de cette institution, et d'autre part de mettre en exergue la complexité des rôles et actions émanant de celle-ci dans la vie de la Nation Togolaise.

1. Les antécédents historiques.
1.1. Les origines coloniales de la question de "tribalisation" des Forces Armées Togolaises.

Les premiers administrateurs coloniaux allemands au TOGO étaient principalement des officiers supérieurs de l'armée impériale allemande et leurs tactiques privilégiées dans la conquête et dans la soi disante " pacification" des populations togolaises relevaient d'une part de la stratégie de terreur intimidatrice et d'autre part de celle de "diviser pour régner". Il va sans dire que des officiers coloniaux allemands tels que Jesko von Puttkammer, Valentin von Massow et le lieutenant von Doering ne pouvaient trouver mieux à faire que de procéder à une "classification psycho-sociologique" des populations autochtones en s'appuyant sur le substrat ethnique.
Le caractère cynique de cette "classification" se faisait remarquer d'une part dans la provocation de certains conflits inter-ethniques qui n'ont pu trouver de dénouement que grâce à la "médiation " mise en scène du conquérant colonial, et d'autre part dans la destruction subtile des structures de défense communautaire originales propres aux populations colonisées. Les corps d'élite militaire des populations autochtones qui avaient admirablement surpris hier le conquérant colonial allemand dans les guerres de résistance à Binaparba, Bapure, Katchamba, Tove et Agotime entre autres ont fini par laisser la place aux "Polizeitruppen" coloniales recrutées sur des bases ethniques pour des raisons secrètes que seul le conquérant colonial détenait. Les premiers candidats préférés dans ces unités de gendarmerie mobile étaient des Haoussas, et plus tard des Kabye.
A ces considérations purement idéologiques s'ajoutaient des réalités socio-économiques et démographique assez palpables : l'administration coloniale allemande avait compris qu'il fallait anticiper les problèmes sociaux et les problèmes de gestion foncière dans les zones à forte croissance démographique en mettant en place des programmes de recrutement massif dans divers secteurs d'activité : les grandes plantations industrielles de palmier à huile, de café, de cacao, de coton et de noix de coco absorbait une partie de cette main d'œuvre abondante tandis que les services publics de l'administration résorbait l'autre partie.
Ces considérations idéologiques, socio-économiques et démographiques ont entraîné des "concentrations ethniques" notables dans divers corps socio-professionnels. La préoccupation majeure dans ce processus de transformation sociale n'était pas la création d' "équilibre ethnique" au sein des divers corps socio-professionnels, mais bien le contraire. A cela s'ajoute la fausse fierté de certains Togolais qui boudaient certaines activités professionnelles au profit d'autres jugées (à tort ou à raison) plus "quotées" ou plus "prestigieuses": le fameux adage Ewe selon lequel "nul n'est berger chez soi" (pour traduire le refus du métier des armes) est né dans ce contexte.
Il importe peut-être de préciser ici en passant que le phénomène de tribalisation des activités professionnelles n'a pas commencé en Afrique et encore moins avec l'aventure coloniale: le cas des Juifs dans les carrières académiques et dans la Haute Finance est bien connu en Occident depuis des siècles!
Les circonstances de cette tribalisation professionnelle seront accentuées plus tard par les deux Guerres Mondiales au cours desquelles les colonies d'Afrique et d'Asie ont fourni d'importants contingents militaires aux puissances coloniales pour libérer l'Europe de la barbarie militaire née des nationalismes chauvinistes et de la folie nazie. On peut donc noter de tout ce qui précède que le phénomène de tribalisation d'un corps socio-professionnel comme l'armée n'a pas commencé au TOGO et n'estr pas une "spécificité togolaise": l'effectif de l'armée ghanéenne est composé majoritairement d'Ewe; l'effectif de l'armée nigérianne est composé majoritairement de Haoussa et de Yoruba; l'effectif de l'armée burkinabè est composé majoritairement de Mossi …
Le nœud gordien que constituent les Forces Armées Togolaises depuis 1963 réside plutôt dans le fait que son Haut Commandement est devenu une vulgaire cheville ouvrière de certains milieux politico-mafieux de la Françafrique et s'est laissé inféoder lâchement avec le temps par le système RPT qui a trouvé en lui "le corps socio-professionnel idéal" pour la propagation de l'idéologie du parti unique, de l'endoctrinement, du culte de la personnalité, de la violence et de la corruption comme instruments politiques.

1.2. Les séquelles coloniales sur les Forces Armées post-coloniales: le syndrôme de la Guerre de Troie.
On peut remarquer de tout ce qui précède que l'armée embryonnaire héritée de la colonisation traînait avec elle de graves tares telles que la défaillance dans la formation civique et militaire de ses éléments, la quasi-absence de leur recyclage et de leur réinsertion sociale, son instrumentalisation à des fins idéologiques (idéologie coloniale, idéologie communiste, idéologie ethnocentriste/raciste à l'instar des nazis, etc.) et surtout sa dévalorisation en tant qu'Institution Républicaine qui est supposée coexister en harmonie avec d'autres corps socio-professionnels tels que l'Enseignement Supérieur et la Recherche, la Haute Finance, le Corps du Secteur Agraire, le Corps Médical, le Corps Sacerdotal et Ecclésiastique, le Corps du Secteur dit Informel, le Barreau et le Corps Judiciare …

Une telle armée a relégué au dernier plan la Valeur Républicaine qui est en principe la sienne pour demeurer une armée d'occupation et de siège dont l'objectif est d'essoufler et de paupériser le groupe-cible qu'elle est censée protéger: le Peuple Togolais.
Elle n'est donc pas comparable à l'Armée Napoléonienne ou l'Armée Prussienne défendant des idéaux nationalistes nobles, mais se rabaisse plutôt au rang de l'armée antique d'Achille et de Pyrrhus assiégeant pendant des années la ville de Troie pour … pour récupérer une princesse vagabonde!
Elle n'est donc pas comparable à la Garde Suisse défendant avec bravoure et conviction la Cité du Vatican (symbole du christianisme), mais se rabaisse plutôt au SS nazi qui déferle la haine idéologique sur d'innocentes populations juives et gitanes sans défense!
Elle n'est donc pas comparable à l'Armée Ethiopienne d'Hailé Selassié défendant avec fierté la dignité de la Nation Ethiopienne contre l'invasion fasciste italienne sous Mussolini, mais se rabaisse plutôt au rang de l'armée collaborationniste du Gouvernement de Vichy sous le Maréchal Pétain!
Elle n'est donc pas comparable à l'Armée de Chaka défendant avec dignité la Nation Zouloue contre l'invasion européenne, mais se rabaisse plutôt au rang de la horde de Conquistadores espagnols qui s'illustrent dans leur cruauté indescriptible envers les Indiens d'Amérique sur leur propre territoire!
Elle n'est pas comparable à l'Armée Vietnamienne sous Ho Chi Minh défendant la dignité du Peuple Vietnamien en infligeant une défaite cuisante à l'impérialisme français à Diên Biên Phu, mais se rabaisse plutôt à de vulgaires coupeurs de tête dans certaines ethnies et pègres ouest-africaines!
Elle n'est pas une Armée Républicaine Respectable car elle n'est pas née Républicaine et demeure un Etat dans un Etat!
Mais elle a les chances et les occasions de se racheter pour retrouver sa Noblesse Républicaine … Et se rachat ne peut voir le jour que grâce à des initiatives courageuses aussi bien de l'intérieur de cette armée que de l'extérieur.

2. La composante militaire dans la vie socio-politique du TOGO depuis l'Indépendance.
Beaucoup d'Hommes politiques Africains et Togolais, à commencer par Son Excellence feu Sylvanius Olympio, ont commis une grave erreur politique en estimant qu'une Armée Nationale est synonyme de germe de militarisme et de totalitarisme.
Sur la question de Défense Nationale ils se sont tour à tour retranchés derrière l'adage selon lequel "il faut faire la politique de ses moyens".
Une telle vision perd de vue la précieuse Fonction Intégrative d'une Armée dans la Construction Nationale, au-delà de sa noble Mission de Défense du Territoire National. Le Père de l'Indépendance Nationale avait sans doute des appréhensions d'ordre budgétaire et des craintes de dépendance vis-à-vis de l'ex-puissance coloniale en matière d'expertise militaire pour la formation.
Mais ce faisant, il a confondu Pacifisme et laxisme, à l'instar d'autres de ses pairs éminents tels que Kwame Nkrumah, Tafawa Balewa, Ben Um Nyobe, Léon Mba, Patrice Lumumba et bien d'autres. La génération des Hommes politiques des Indépendances n'avait pas perçu qu'une Culture Militaire n'est pas forcément une culture belliqueuse et que le Pacifisme n'exclut pas la Culture Militaire. La Suisse par exemple, pays réputé pour son Pacifisme exemplaire et sa Neutralité, a une Culture Militaire vieille de plusieurs siècles et dispose d'une Armée Républicaine très performante et très convoitée par l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord)!
Depuis le déclenchement du processus démocratique au TOGO en 1990, beaucoup d'acteurs politiques et beaucoup d'organisations de la Société Civile ont rêvé (et continuent de rêver, hélas!) que la "solution-miracle" au problème togolais réside en un "équilibrage ethnique" dans les garnisons et en une réduction de leurs effectifs. Ils n'ont pas encore compris que le malaise dans l'armée togolaise dépasse les considérations ethniques et tribales comme l'ont prouvé l'attentat du soldat Kabye Boko Bosso dans les années 1970 et les multiples désertions d'officiers Kabye comme Tokofai et François Boko. Pire, ils sont actuellement sur le point de commettre de nouveau la même erreur que dans les années 1960 en pensant qu'on peut négocier un accord politique avec un régime répressif disposant d'une armée non républicaine et de soutien extérieur non négligeable! Ils n'ont toujours pas encore compris le dicton légendaire de Nelson Mandela selon lequel "on éteint le feu par le feu " … Ils sont en train de vendre la peau de l'ours avant même de l'avoir tué, en exposant déjà publiquement des scénarios de réforme de l'armée alors qu'ils ne sont même pas encore aux commandes dans l'Exécutif et le Législatif!

3. Aider les Forces Armées Togolaises à trouver leur Noblesse Républicaine.

L'histoire nous a montrés que le passage d'une armée non républicaine à une Armée Républicaine ne s'opère que de trois façons :
  • une "naissance à la césarienne " par laquelle des Officiers, Sous-Officiers et Soldats parviennent à renverser de l'intérieur la tendance afin de sauver l'Honneur et la Réputation de l'Institution Militaire pour donner naissance à une Armée Républicaine (exemple : le cas récent du Mali avec Toumani Touré) ;

  • une "naissance par injection de narcotiques" au cours de laquelle une rébellion armée met le régime répressif sous pression et contraint l'armée non républicaine à se convertir en Armée Républicaine ou à s'effacer définitivement (exemple: le cas récent du Congo avec Laurent Kabila) ;

  • une "naissance avec complications " qui est combinaison des deux premières (exemples: le cas de l'armée raciste sud-africaine du régime d'Apartheid et cas de l'armée libérienne sous Samuel Doe.).
    Loin de vouloir prôner en ces lignes une attitude de va-t-en-guerre au Peuple Togolais, il paraît toutefois judicieux de rappeler qu'une Paix durable face à une armée non républicaine passe toujours par une démonopolisation de la violence.
    Au regard des trois voies de passage d'une armée non républicaine à une Armée Républicaine le processus de démonopolisation de la violence s'opère aussi de trois façons :

  • la "méthode centrifuge" selon laquelle les centres de décision et les unités opérationnelles aussi bien au niveau du Haut Commandement qu'au niveau des hommes de troupe sont neutralisés de façon éclair par des Officiers, Sous-Officiers et Hommes de troupe soucieux de sauver l'Honneur et la Réputation de l'Institution Militaire ; il s'agit donc d'un onde de choc qui part du cœur de l'armée non-républicaine pour atteindre les Institutions d'Etat, les Acteurs Politiques et la Société Civile dans le but d'assainir les rapports entre elle et ces derniers.

  • la "méthode dualiste" dans laquelle une contre-offensive est lancée par un mouvement militaire organisé de l'extérieur de l'armée non républicaine pour créer un équilibre de la terreur.

  • la "méthode centripète" selon laquelle des assauts militaires et non militaires, conventionnels et non conventionnels émanant de sources diverses, atteignent de façon conjuguée ou concomitante l'armée non républicaine sur plusieurs flancs sensibles et lui ôtent le monopole de la violence et de la terreur.
    La première méthode a l'avantage d'être économique en logistique et en vies humaines, mais comporte le risque de prendre la forme d'un coup d'Etat, avec tout ce que cela comporte comme conséquences politiques.


  • La deuxième méthode a l'avantage d'avoir une assise légitime et un soutien populaire au sein de la population opprimée, mais comporte le risque de prendre la forme d'une guérilla ou d'une guerre civile aux conséquences imprévisibles.
    La troisième méthode a l'avantage de disposer de moyens d'action coercitive illimitée, mais comporte le risque de prendre la forme du terrorisme classique et moderne avec tout ce que cela comporte.
    Le Peuple Togolais martyrisé et ayant a aujourd'hui le dos au mur, a le Droit Divin d'assumer sa légitime défense et sa survie en recourant à ces méthodes d'action sans avoir une mauvaise conscience vis-à-vis de la Communauté Internationale qui l'a abandonné à son propre sort. Quant aux Hommes politiques Togolais de la Coalition des Six, il est temps qu'ils comprennent que les sentiments ont trop duré au TOGO et que personne ne leur en voudra s'ils cessaient de servir d'écran entre le vaillant Peuple Togolais et la machine d'oppression que constituent le RPT avec son armée non républicaine.
    Quant aux Forces Armées Togolaises, elles doivent comprendre qu'il n'est jamais trop tard pour sauver l'Honneur et la Réputation et repartir sur de bonnes bases plus saines.


    1 Komdedzi Kofi FOLIKPO, né en 1964 à Kpalimé (TOGO) dans des familles de longues Traditions Mystiques et Religieuses en pays Ewe, a étudié la Germanistique, l'Informatique, la Linguistique et la Sociologie à l'Université de Lomé (TOGO), à l'Université de Bielefeld (ALLEMAGNE), à l'Université de Marne-la-Vallée (FRANCE) et à l'Université de Genève (SUISSE). Titulaire d'une Maîtrise-ès-Lettres en Littérature allemande, d'un Magister (M.A.) en Linguistique et d'un Diplôme d'Etudes Approfondies (D.E.A.) en Information Scientifique & Technique, il a travaillé comme Ingénieur en Informatique pour plusieurs sociétés suisses telles que la Winterthur Assurances, New Sulzer Diesel et Bombardier Transportation avant de créer sa propre PME de Technologies de l'Information, de la Communication et du Traitement du Langage Naturel. Prêtre ordinaire de la Divinité Ancestrale Togbui Nyigblen, il assume les Responsabilités Sacerdotales du Couvent Ancestral sur le Mont Agu (TOGO) et partage ainsi sa vie entre la SUISSE et le TOGO. Il est le Coordinateur Général de l'Organisation PYRAMID of YEWEH dont les objectifs entre autres sont la saine Promotion des Valeurs Spirituelles, Mystiques, Culturelles et Sociales des Peuples Africains.

    Contacts :
    Web : http://www.pyramidofyewe.org
    E-Mail: Komdedzi@hotmail.com ou pyramidofyeweh@bluewin.ch




Citations
Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela



 

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