Révolution N°118 – Novembre 1990
Il ne fait aucun doute que les luttes engagées ces
derniers mois par les masses populaires, et notamment
la glorieuse journée du 05 octobre 1990, ont ouvert
des perspectives nouvelles: celle de la marche
irrésistible pour la conquête, par elles-mêmes et par
ses propres forces de la liberté et de la démocratie
dont elles ont une soif ardente, et pour la
satisfaction de leur besoin de clarté et de
transparence: «on ne peut plus nous tromper»,
criaient à juste titre les manifestants de cette
mémorable journée. Cela signifie en clair, entre
autres, plus de sujets tabous, plus de personnage
intouchable ! Tout doit être passé au crible de la
critique.
Nous y souscrivons volontiers, quant à nous, car c'est
l’un des fondements de la démocratie. Et nous ne
cesserons jamais de répéter qu’on ne peut progresser
dans la confusion ni dans l’ambiguïté. C’est donc
cette volonté de clarification sans complaisance, car
nous croyons que c’est la seule attitude juste, qui
nous conduit à aborder aujourd’hui les positions
d’Edem KODJO, telles qu’elles sont développées dans
l’interview accordée à Forum Hebdo du 13 novembre
1990. Mais voyons d’abord qui est Edouard KODJO.
C’est un ancien élève de l’ENA, une grande
école où sont formés de futurs hauts fonctionnaires
français.
Nous ne lui connaissons aucune activité démocratique
en France durant ses études. Bref, il ne s’est pas du
tout «mouillé», contrairement à de nombreux étudiants
de sa génération. A sa sortie de l’ENA, il s’est
mis au service du régime en place. Il est en effet
l’un de ces intellectuels technocrates, qui ont
entouré EYADEMA à ses débuts, et qui, sous les slogans
de «Réconciliation» de «New Deal», de «Nouvelle Marche»
ont contribué à consolider son pouvoir. Nul n’ignore
son apport décisif dans la fondation du RPT et dans
l’Edification du Parti-Etat réactionnaire RPT.
Ce grand intellectuel n’a rien trouvé à redire face à
la caporalisation de toutes les organisations
démocratiques par les officines du pouvoir: RPT-MONESTO-CNTT
-UNFT -UNCTT … ni devant les atteintes flagrantes
aux droits démocratiques, ce que dénonçaient alors de
courageux démocrates, notamment des étudiants, souvent
au prix de leurs bourses d’études, parfois de leur
liberté et même de leur vie. Ceux-là qu’il traitait
alors d’irresponsables, de concert avec les autres
dignitaires du régime. Il n’a rien trouvé à dire non
plus au sujet des «morts par collapsus circulatoire»
de 1970. Nous voulons parler d’OSSEYI et de ses
compagnons.
«Très vite, il fallut se rendre à l’évidence», dit-il.
Mais il ne nous dit pas quand cette évidence lui est
apparue. Et il n’a pas pour autant démissionné avec
éclat, un geste qui aurait été tout à son honneur,
aurait sans doute provoqué un choc dans les masses,
ouvert les yeux de quelques compatriotes trompés par
la propagande mystificatrice du pouvoir sur
SARAKAWA, «la lutte anti-impérialiste»,
l’indépendance économique, la «Révolution verte»
etc. En tout cas, c’est plutôt EYADEMA qui l’a poussé
dehors, non par suite de désaccords politiques, mais
seulement de heurtes ambitions rivales. «Tout le monde
peut se tromper » répète souvent notre intellectuel en
guise de justification. Nous voulons bien l’admettre,
et n’avons nulle envie de lui faire un procès
d’intention. Aussi Bornerons-nous à donner notre point
de vue sur les propositions qu’il formule à Partir de
sa vision de la réalité, telle que cela apparaît dans
cette fameuse interview.
a) « Le Grand Pardon », un avatar de l’Union et de
Réconciliation.
«L’heure est venue de réaliser le grand pardon»,
affirme Edouard KODJO, qui fait de la «réconciliation
de tous les Togolais» son cheval de bataille, auquel
il veut rallier tous les compatriotes. Mais le «Grand
Pardon» a un précédent dans l’histoire du Togo, tout
comme la «Conférence Nationale» que l’on nous propose
comme la panacée miracle, a aussi son précédent: la
«Conférence de la Table Ronde» tenue par les quatre
Partis politiques alors existant (ou reconstitués): le
CUT , la JUVENTO , l’UDPT et MPT après le putsch
militaire du 13 janvier 1963.
Edouard KODJO aurait rendu un immense service au
Peuple togolais en expliquant pourquoi la Conférence
de la Table Ronde et «l’Union et la Réconciliation»
ont fini par accoucher du monstre qui est le
Parti-Etat réactionnaire RPT, ce afin d'aiguiser sa
vigilance. Il s’en est abstenu.
Deux faits d’importance majeure ont en effet marqué la
politique d’Union et de Réconciliation et lui donnent
tout son véritable sens.
- le premier, c’est l’irruption brutale de
l’armée sur la scène politique, en tant que force
politique autonome et organisée, non plus soumise au
pouvoir politique civil mais au contraire commandant
désormais ce dernier. Bref, une sorte d’Etat dans
l’Etat qui détient la réalité du pouvoir, agissant à
sa guise, et réduit ainsi l’union et la réconciliation
à une coquille vide, et le jeu politique a des simples
bavardages sans conséquence.
- le deuxième fait majeur, c’est le retour en
force de l’impérialisme français à sa position
d’impérialisme dominant, position qu’il avait perdue
au profit des Etats-Unis et surtout de l’Allemagne, du
fait des orientations politiques d'Olympio. C’était
d’ailleurs l’objectif visé par le coup d’Etat du 13
janvier 1963. Les demi-soldes n’ont été que les
instruments manipulés. Ce n’était pas par hasard
que ces militaires sortis de l’armée française se sont
adressés à un GRUNITZKY, l’homme sui ne respire que
par et pour la France. Ce n’est pas un hasard si ces
militaires se sont mis à critiquer l’isolement
diplomatique du «gouvernement d’Olympio», sous
prétexte que ce dernier n’a pas intégré notre pays aux
groupements régionaux dominés par la France : le
Conseil de l’Entente l’UAM.
Il faut bien tenir compte de ces éléments pour
bien saisir ce qui se tramait derrière ce slogan «généreux»
d’Union et Réconciliation ». Une manœuvre de
l’impérialisme français, destinée à créer une sorte de
consensus et sous son égide, autour de la situation
créée par le coup d’Etat, à faire légitimer celui-ci,
en y amenant les Partis réputés «nationalistes» et
"anti-français" (CUT et JUVENTO surtout) à s’y
compromettre, à servir de caution «démocratique». Et
ces Partis n’ont pas pu résister : apeurés, effrayés
par l’extrême brutalité de ces militaires, ils étaient
déjà tout heureux de voir leur existence tolérée et
étaient pour cela disposés à toutes les concessions
possibles du moins une Partie de leur direction. Et
par leur nature et leur organisation, ils n’avaient ni
la volonté ni la capacité nécessaires pour mener leurs
activités sans autorisation officielle. La naissance
du Parti-Etat-RPT n’en était que la suite logique.
Telle était donc la signification véritable de ce
slogan d’union et de réconciliation: un vrai marché de
dupes. Et le Peuple togolais quant à lui n’était que
le dindon de la farce. Edouard KODJO nous propose
maintenant une sorte de nouvelle réconciliation
générale de tous les Togolais, sous le signe cette
fois d’un « Grand Pardon ». Face à cela, la réaction
première de tout citoyen honnête qui sait ce à quoi a
abouti « la politique d’Union et de Réconciliation
inaugurée par GRUNITZKY » ne peut que se demander en
quoi le « Grand Pardon » serait différent et donnerait
un autre résultat. D’autant que demeuraient en place
deux éléments essentiels et fort inquiétants:
- l’armée s’est encore considérablement renforcée par
rapport aux années 60 ; elle n’a rien perdu de sa
brutalité à l’égard du Peuple ni de son caractère de
machine à réprimer, à terroriser, au service exclusif
d’EYADEMA qui a éliminé entre-temps ses rivaux réels
ou potentiels;
- le Parti réactionnaire RPT, Parti d’embrigadement
qui dispose encore de beaucoup de moyens pour
maintenir un grand nombre de compatriotes sous sa
coupe (la pression, la corruption) et qui ne
disparaîtra pas de lui-même ni ne changera de nature.
b) Le rachat des crimes d’EYADEMA contre le
rétablissement du 27 avril
A toutes ces questions inquiétantes, Edouard KODJO
n’apporte aucune réponse. Il ne les aborde même pas.
Sa grande préoccupation, c’est de persuader
l’autocrate de rétablir la commémoration du 27 avril
et l’ancien hymne nationale. «Terre de nos Aïeux», de
réhabiliter S. OLYMPIO. Pour faire bonne mesure, il
demande également la réhabilitation de GRUNITZKY
(déjà entreprise d’ailleurs par EYADEMA) et de
DADJO.
A ce propos, nous voulons être clairs dans notre
position. Le mouvement démocratique togolais, à Partir
de 1960, a eu une attitude très critique à l’égard du
régime Olympio. Cette attitude juste était dictée par
l’évolution même du régime qui à bien des égards,
annonçait déjà le Parti-Etat-RPT : domination de la
vie politique par le Parti de l’Unité Togolaise,
répression contre les autres Partis, y compris ceux
qui ont lutté contre le colonialisme français, mise au
pas des syndicats sous la poigne d’AKOUETE Paulin
devenu ministre du Travail, arrestations et
internements pour délit d’opposition, exercice
solitaire du pouvoir… Mais il a toujours reconnu la
valeur historique du 27 avril.
Le Parti Communiste est né à Partir du bilan qui a
été fait du mouvement nationaliste et démocratique
dans notre pays et dans ses mérites comme dans ses
limites historiques… Son point de vue reprend pour une
large part celui du mouvement démocratique sur son
rôle historique et ses limites objectives, mais en
l’approfondissant davantage. Et le Parti s’est
toujours opposé aux falsifications grossières
auxquelles se livrent EYADEMA et ses comparses.
Contrairement à Edouard KODJO, nous pensons que le 13
janvier doit être à jamais effacé, comme jour néfaste
dans notre histoire. Mais la lutte pour la
réhabilitation du 27 avril, pour une plus juste
appréciation du rôle d’OLYMPIO, et pour le
rétablissement de «Terre de nos Aïeux» ne doit pas
faire oublier l’essentiel: instruire le procès du
régime autocratique actuel, le combattre résolument
jusqu’au bout. Car à y voir de près, cela ne coûte pas
grand chose à EYADEMA de satisfaire ces revendications
surtout si cela lui vaut le Grand Pardon s’il garde la
main mise sur les instruments qui font son pouvoir et
lui permettent de continuer à réprimer les masses.
Après tout, il n’a qu’à prendre exemple sur son
confrère MOBUTU qui, à sa manière a lui aussi
réhabilité LUMUMBA. Peut être Edouard KODJO ignore t-il
ce détail.
En tout, dans son désir d’aller où le vent souffle,
Edouard KODJO veut nous faire croire que la haine
accumulée (à juste titre) à l’égard de l’autocrate et
de son chef de file EYADEMA, se réduit à une révolte
contre des déformations historiques, et ne réside
nullement dans l’écœurement et l’exaspération face à
la gestion chaotique et désastreuse des affaires du
pays, face à la corruption généralisée, à l’insolence,
à l’arrogance et au mépris des dignitaires repus,
convaincus de leur impunité, devant la dégradation
vertigineuse de leur condition de vie, devant leur
détresse physique et morale, face à l’usage brutal de
l’arme de la répression, à la cupidité de ce régime
oppresseur. Il prétend même qu’il n’y a pas que du
négatif sous la présidence du général Gnassingbé
EYADEMA. Ce n’est pas en tout cas ce que répétaient
les glorieux manifestants du 5 octobre.
En cette période historique ou tout devient et doit
devenir plus tranché plus net, Edem KODJO lui veut
toujours tout concilier et évite de prendre Parti ; «
Présenter tout ce qui advint avant 1967 comme négatif
est aussi sommaire que condamner à cent pour cent le
régime qui préside depuis 1967 aux destinées. Aucun
régime n’est totalement mauvais (même le régime nazi
M. KODJO ?) ni entièrement bon ! ». M. KODJO agit ici
en opportuniste, en homme sans principe, en politicard
qui veut être bien vu de tous les bords ; aussi bien
par les Partisans d’OLYMPIO que par ceux du régime
actuel. Voilà pourquoi il veut éviter le bilan
pourtant nécessaire du régime autocratique d’EYADEMA.
Qu’est-ce que la démocratie ?
C’est avant tout le pouvoir du Peuple par le Peuple.
Les droits et libertés pour le Peuple en sont le
corollaire: c’est notamment le droit pour le Peuple
non seulement d’élire ses représentants et dirigeants,
mais aussi le droit de contrôler leur gestion, y
compris de destituer les représentants indignes. C’est
pourquoi nous pensons, quant à nous, qu’un des
premiers actes fondateurs du régime nouveau et
démocratique à venir et en tant que symbole de la
souveraineté populaire retrouvée, sera de charger la
nouvelle représentation nationale démocratiquement
élue, de demander des comptes aux responsables du
Parti-Etat-RPT, de leur faire rendre gorge si
nécessaire. Ce serait un acte de haute portée civique,
une occasion pour inculquer au Peuple la notion du
droit au contrôle de la gestion et des biens des
responsables futurs et leur signifier que désormais
ils ne doivent plus se considérer comme à l’abri. Ce
serait un moyen sûr pour barrer la route à tous les
gredins et filous du régime actuel et les empêcher de
se couvrir du manteau d’opposant (en chantant à
tue-tête la « Terre de nos Aïeux par exemple, ce qui
ne leur coûte rien) pour venir pourrir le régime
nouveau, et compromettre ainsi le changement.
C’est aussi un acte de justice social et de portée
économique indéniable : récupérer les biens spoliés au
Peuple, les milliards planqués à l’étranger pour
élaborer une véritable politique de développement qui
rompe avec le plan d’Ajustement structurel aux
conséquences si néfastes pour les masses populaires
puisqu’il livre davantage notre pays au pillage et à
l’exploitation impérialiste. C’est un acte de justice
tout court, qui empêcherait ces dignitaires enrichis
sur le dos du Peuple, de continuer à le narguer, sûrs
de leur impunité. Et puis dans toute société on admet
que tout crime reçoive sa sanction. La politique et
les pratiques du Part-Etat-RPT sont un varitable crime
contre le Peuple. C’est aussi une occasion pour
renforcer l’unité nationale, car cet acte, désignerait
au Peuple ses véritables ennemis, une poignée
d’individus de toutes origines ethniques qui ont mis
le pays en coupe réglée et non pas telle ou telle
ethnie, évitant ainsi que la haine légitime du Peuple
ne dégénère en guerre inter-ethnique. Mais cet acte
démocratique, solitaire par excellence, M. Edem KODJO
le refuse sous prétexte du «Grand Pardon» ; au nom
d’une réconciliation aux objectifs et au contenu et
aux modalités des plus ambigus.
c) Edem KODJO, un semeur d’illusions
Ainsi, il lance un « appel pressant aux autorités
religieuses, aux notabilités connues pour leur rigueur
morale et leur probité intellectuelle ». Nous ne
savons pas s’il inclut Mgr DOSSEH, le modérateur de
l’Eglise Evangélique du Togo et l’Imam parmi ces
personnalités. Mais nous osons quand même poser la
question suivante, que peut-on attendre d’un
archevêque qui n’a pas protesté quand de braves et
courageux curés étaient vilipendés, traînés dans la
boue, bastonnés pour avoir osé s’élever du haut de
leur chaire, contre les excès du régime, mais a
lâchement désavoué ces derniers ! D’un archevêque qui
s’est tu quand les sbires se sont introduits de force
dans une église pour perturber la cérémonie
d’intronisation d’un évêque (en l’occurrence Mgr
KPODZRO, qui n’avait pas l’air de plaire au maître)
pour molester les fidèles togolais comme étrangers
invités, au grand scandale de tous, Togolais et
Africains, catholiques comme non catholiques ?
Que peut-on attendre de ce modérateur de l’Eglise
Evangélique ou de cet Imam de l’UMT imposés de force
voire manu militari par le despote ? Nous avons comme
principe que les problèmes des diverses confessions
religieuses ne relèvent ni de l’Etat ni des Partis
politiques. Mais nous avons parfaitement le droit de
donner notre point de vue, dès lors que des autorités
religieuses sont appelées à intervenir dans la vie de
la cité, dans le domaine politique. Et nous affirmons
tout net : demander la caution de personnages aussi
compromis avec le régime, des personnages qui ont
couvert de leur autorité religieuse les cruautés et
les turpitudes de l’autocratie (à moins qu’Edem KODJO
ne pense à d’autres personnalités religieuses, auquel
cas il lui apPartient de le préciser) n’est pas une
garantie du sérieux de sa proposition. Et nous doutons
fort que la réconciliation envisagée de cette manière
ne puisse être autre chose qu’un nouveau marché de
dupes.
Pour nous, le mot réconciliation revêt une
signification bien précise : c’est l’union dans la
lutte de tout le Peuple (qu’on a toujours cherché à
diviser) pour en finir une fois pour toutes avec
l’autocratie et son cortège d’horreurs. Son arme
principale c’est la lutte, dont la glorieuse journée
du 5 octobre 1990 a marqué un temps fort. Elle
signifie que le Peuple togolais relève la tête et a
battu en brèche le mythe du «Togolais éternellement
peureux». En traitant EYADEMA de voleur et d’assassin,
les manifestants traduisaient parfaitement la réalité
et le sentiment de l’immense majorité de la
population. Edem KODJO pense quant à lui que la
journée du 5 octobre « mérite réflexion » tout au
plus. Il la regrette presque. La réconciliation qu’il
propose, c’est celle des bourreaux, des escrocs et de
leurs victimes. Tout ce qu’il demande à ces criminels,
c’est d’accepter le rétablissement de Terre de nos
Aïeux, du 27 avril et la réhabilitation d’OLYMPIO.
Avec la promesse de ne plus recommencer.
Décidément Edem KODJO préfère travestir la réalité
plutôt que de la reconnaître. Ainsi pour tout
observateur un peu sérieux, c’est le Peuple qui, par
ses luttes, élargit ses espaces de liberté, conquiert
la démocratie. Luttes pleines de sacrifices dont on
peut rappeler quelques étapes: en 1977, arrestations
massives de «professeurs égarés»; 1980, manifestation
à Lomé du PCT (tracts, graffitis); 1985, arrestations
pour «détention et distribution de tracts subversifs»,
et bien entendu la glorieuse journée du 5 octobre 1990
… en passant par la fondation de la Ligue Togolaise
des Droits de l’Homme. Nous mettons volontairement de
côté les divers complots et attentats, car nous sommes
par principe contre les putschs qui ne visent qu’à
substituer une clique à une autre clique. Bref, pour
Edem KODJO au contraire, c’est EYADEMA qui a donné le
coup d’envoi de la démocratisation avec sa
constitution et ses assemblées bidon! Edem KODJO fonde
ses espoirs sur la bonne volonté de l’autocrate plutôt
que sur la lutte du Peuple.
D’aucuns prétendent que des positions aussi ambiguës,
une telle volonté de ménager le pouvoir autocratique
seraient dictées par des considérations tactiques.
Nous disons quant à nous, que toute considération
tactique qui n’adopterait pas le langage de la vérité
est dangereuse, car elle aboutit à semer des illusions
au sein du Peuple et à lui réserver des réveils
douloureux. En fait, le jeu de M. Edem KODJO ne peut
tromper que les naïfs qu’il cherche surtout à
rassembler autour de sa personne, une «majorité»
allant des tenants du pouvoir autocratique actuel,
préalablement rassuré par son «Grand Pardon», et les
Partisans du rétablissement du 27 avril. Il veut se
faire le porte-parole d'une majorité en vue des
échéances futures, telles qu’il le souhaite,
c’est-à-dire la Conférence Nationale où, grâce à des
manœuvres opportunistes, il pourrait émerger, avec
l’appui des médias impérialistes, comme «grand
rassembleur», "personnalité modérée", "sans sectarisme",
"raisonnable" et "d’expérience". Bref, il se «positionne»
comme disent les politiciens bourgeois français, ses
maîtres qui l’inspirent, le soutiennent et amplifient
ses moindres positions et déclarations, dans le but de
l’imposer à l’opinion comme alternative.
M. Edem KODJO considère le discours prononcé par
EYADEMA le 30 octobre comme la décision d’ouverture du
jeu politique: mais regrette que «celle-ci n’ait pas
revêtu le caractère qu’une Conférence aurait dû avoir»,
avec au préalable l’amnistie générale, l’autorisation
des Partis etc… Examinons un peu la solution qu’il
envisage dans la fameuse Conférence Nationale qui lui
est si «indispensable». Il propose une procédure des
plus simples: il suffit dit-il, qu’un Comité
indépendant formé d’hommes libres reconnus pour leur
intégrité morale et leur probité intellectuelle soit
constitué pour définir la tâche de la Conférence
Nationale, à en fixer la durée et à statuer sur la
Participation des assises. Une fois encore, Edem KODJO
aligne de belles phrases qui ne veulent rien dire. En
effet, un Comité indépendant par rapport à quoi ?
Aussi bien du RPT que de l’opposition. De qui
détiendra-t-il ses droits ? Se formera-t-il par
cooptation, et selon quels critères? Mais qui sera
l’initiateur et de quel droit ? Des hommes libres par
rapport à quoi etc ? Il n’y a là rien que du flou.
Il n’est pas nécessaire d’être devin pour prévoir ce
qui pourrait se passer si jamais cette Conférence se
tient. De nombreux opportunistes se sentiront
brusquement la vocation de fondateurs de Partis
politiques, afin d’être représentés. Il va être naître
ainsi une flopée de Partis politiques d’autant plus
tonitruants que pas représentatif et sans programme
sérieux, qui voudront occuper la scène. Cela va être
un vaste grenouillage, un lieu de magouilles à
l’infini, hors de la lutte réelle. Edem KODJO
pourra-t-il manoeuvrer pour en sortir vainqueur?
Rien n’est moins sûr. N’oublions pas surtout que,
grâce au fameux «Grand Pardon», EYADEMA et ses
acolytes pourront disposer de tout le magot qu’ils ont
accumulé après 23 ans de vol et de détournement au
détriment du Peuple. Ils ne se priveront pas de s’en
servir pour corrompre les gens encore peu conscients (ils
sont encore nombreux), créer des RPT bis ou avec
d’autres appellations, d’autant que « Tous les
Togolais sans exception, de l’intérieur et de
l’extérieur, doivent avoir la possibilité et la
liberté d’apporter leur contribution et faire valoir
leur point de vue par une Participation effective» dit
Edem KODJO. Et il y a toujours l’armée dont Edem KODJO
ne nous dit pas comment la Conférence peu la
soustraire du commandement d’EYADEMA ni comment elle
pourrait lui faire perdre sa vocation de force
répressive anti-populaire.
Pour nous, ce n’est pas un hasard si, du Zaïre au
Gabon, de la Côte d’Ivoire au Bénin, l’Ouverture
démocratique ou la Conférence Nationale se sont
toujours soldées par le maintien au pouvoir des
autocrates devenus désormais intouchables grâce au «Jeu
démocratique». Il n’y a d’ailleurs rien de nouveau. Le
«multiPartisme» sénégalais est un exemple qui remonte
déjà à plusieurs années. Inauguré par Senghor, il se
poursuit avec Abdou DIOUF: le Parti dominant reste
toujours au pouvoir, les multiples Partis d’opposition
éternellement dans l’opposition jouant le rôle de
caution démocratique pour un système qui, quant au
fond, n’a pas changé.
Il n’y a qu’au Bénin que le même scénario ne risque
pas de se répéter.
En effet, l’ensemble des forces démocratiques, qui
ont porté leur travail d’organisation et de
mobilisation à un degré supérieur, en s’unissant au
sein d’une Convention du Peuple (Octobre 1988) a perçu
à temps qu’une telle conférence visait en fait à
entraver la montée des luttes (100.000 manifestants à
Cotonou le 8 décembre 1989 ; Kérékou lapidé et battant
en retraite, des affrontements portant dans le pays…),
en transportant celles-ci sur le terrain de la
discussion, en les entraînant vers le compromis. Des
instructions précises avaient été données en ce sens
par l’Elysée, qui furent interceptées et publiées.
Ainsi, ces forces non seulement se sont abstenues de
Participer à cette Conférence évitant de se lier les
mains, de se faire les complices de la démobilisation
des masses face à ses ennemis, mais elles l’ont
ouvertement dénoncée. Comme elles ont dénoncé l’un des
maîtres d’œuvre de cette manigance, M. DOSSOU Robert,
un proche collaborateur de l’autocrate KEREKOU
et de longue date, venu se faire délivrer un
certificat de démocratie à la faveur du dernier procès
politique à Lomé. Chez nous les forces continuent leur
travail méthodique d’organisation et de mobilisation
en vue des affrontements décisifs futurs. Nous dirons
seulement que les compatriotes ont tout intérêt à
s’informer sur la situation réelle au Bénin.
Pour en finir avec Edem KODJO, nous constatons
avec une grande satisfaction que la vie dans sa
réalité est en train de mettre en pièces sa belle
construction politique, de déjouer tous ses plans;
d’une part le pouvoir autocratique, par sa pratique de
tous les jours (et il est encore en train d’en
administrer la preuve notamment à Bè, à Tsévié, à
Sokodé, à Mango… où ses hordes armées se sont
déchaînées contre les travailleurs et le Peuple) qui
n’entend dialoguer qu’avec un Peuple soumis, esclave ;
mais d’autre part, le Peuple qui se redresse, répond
au coup pour coup et se convainc de plus en plus, de
par sa propre expérience, que les acquis qu’il a pu
obtenir sont le résultat de luttes sur le terrain.
Et il ne fait aucun doute que M. Edem KODJO sera très
bientôt dépassé par les faits, s’il ne l’est déjà.
Pour le plus grand bien du Peuple togolais !
Martin Adélan togo_combat@yahoo.fr
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