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La culture militaire française et ses avatars impérialistes au TOGO: culture de médiocrité et un piège sans fin?

Par K. Kofi FOLIKPO1

La politique militaro-impérialiste de la France depuis le début de l'expansion coloniale occidentale jusqu'à ce jour n'est pas seulement faite de gloire et de hauts exploits militaires, contrairement à ce que la mentalité nombriliste française a toujours cherché à faire croire. Aux victoires fortement médiatisées suivirent souvent des débâcles et des catastrophes géo-politiques et humanitaires. De la bataille de Diên Bhiên Phu (Vietnam) à l'Opération Licorne (Côte d'Ivoire) en passant par les Accords d'Evian mettant fin à la guerre d'Algérie et par la honteuse Opération Turquoise au Rwanda, l'expansion militaro-impérialiste française a suscité au sein des peuples opprimés plusieurs interrogations sur les fondements de la doctrine militaire française et surtout sur la capacité pour l'armée française à faire face aux vrais défis sécuritaires et humanitaires de notre époque.

1. La doctrine militaire du colonialisme et du néo-colonialisme français : une doctrine génocidaire et eugénique.

L'aventure coloniale française en Afrique est souvent présentée comme un acte ayant des motivations idéologiques (l'eurocentrisme faisant croire que l'Histoire de l'Humanité a commencé avec la Grèce antique) et économique (tentative de faire main basse sur toutes les ressources d'Afrique).
Mais les faits historiques assez édifiants permettent de démontrer aujourd'hui que l'eurocentrisme dont se prévalait cette aventure tirait son origine d'une source beaucoup plus profonde : l'inconscient collectif occidental foncièrement caractérisé par le plaisir de nuire et de détruire.
Le plaisir de nuire et détruire (connu sous le terme de masochisme en Psychologie), substrat psychologique sur lequel s'appuie cet inconscient collectif occidental, n'a pas commencé à se manifester avec l'avènement de l'aventure coloniale: les guerres les plus meurtrières et les plus aberrantes jamais connues par l'Humanité ont eu lieu en Europe. Avec l'avènement de l'aventure coloniale, les adeptes français de l'oppression ont démontré plus d'une fois ce vilain plaisir de nuire et de détruire à travers le cynisme criard avec lesquels des moyens militaires furent déployés dans les colonies françaises d'Afrique afin d'exterminer et d'extirper les populations autochtones pour ce procurer "l'espace vital " : on peut citer ici à titre d'exemple le cas de l'Algérie, déclarée officiellement "colonie française de peuplement ", où les populations autochtones kabyles et berbères furent systématiquement dépossédées de leurs terres et de leur identité culturelle pour être condamnées à une mort lente.
Une telle extermination massive et systématique est désignée par le terme génocide quels que soient les moyens et méthodes déployés. Et lorsqu'elle est pratiquée systématiquement sur un groupe de personnes jugées (à tort ou à raison) encombrantes ou improductives dans une société ou dans un pays, elle prend le nom d'eugénisme.
Avec la naissance d'armées embryonnaires dans les colonies françaises d'Afrique, le peuple français a démontré le caractère génocidaire et eugénique de son expansion coloniale, soit directement par les crimes de sang des colonisateurs, ou soit indirectement par la soldatesque coloniale recrutée au sein des populations autochtones. Dans le second cas, on a assisté à l'application quasi-quotidienne de cette doctrine eugénique et génocidaire par acteurs interposées. Le colonisateur français inculqua à cette soldatesque recrutée dans le terroir Africain que la psychologie du métier des armes est axée uniquement sur la "volonté de puissance" au détriment de l'"instinct de conservation ". Les multiples massacres perpétrés tantôt par cette soldatesque sur ordre du colonisateur français contre les populations civiles, tantôt par le colonisateur lui-même contre cette même soldatesque en sont des preuves tangibles: le massacre des Tirailleurs Sénégalais démobilisés au Camp Tiaroye (Sénégal) le 1er décembre 1944 par les officiers et sous-officiers français, le massacre par milliers des populations civiles sans défense à Dimbokro (Côte d'Ivoire), le massacre de plus de 100'000 civils à Moramanga et Manakara (Madagascar) et à Sétif (Algérie) perpétré par l'armée coloniale française …
Comme on peut le remarquer, la doctrine militaire de l'eugénisme et du génocide fait partie intégrante de la culture militaire française transmise aux armées embryonnaires coloniales et entretenues jusqu'aujourd'hui dans les armées post-coloniales des anciennes colonies françaises d'Afrique.

2. Au-delà de l'hégémonie néo-coloniale française : la volonté de perpétuer la culture militaire génocidaire et mercantiliste française en Afrique.

Avec l'assassinat des Nationalistes Africains ou leur renversement par coups d'Etat commandités par les milieux politico-mafieux françafricains, la perpétuation de la culture militaire génocidaire en Afrique est rendue possible et renforcée par l'émergence d'une nouvelle espèce humaine très étrange: l'homme politique africain, une espèce semi-humaine abrutie et rendue docile comme un âne grâce au foin souillé françafricain, capable de signer et d'appliquer n'importe quel accord (officiel ou secret) au profit de ces milieux politico-mafieux français.

2.1. Les accords de défense entre la France et les pays francophones d'Afrique : un marché de dupes.

Les louches accords de défense et d'assistance militaire signés par les différents gouvernements français avec les pays francophones d'Afrique depuis la vague des coups d'Etat et assassinats politiques des années 1960 ne visaient aucunement à garantir la stabilité politique des jeunes Etats Africains comme la France officielle aime à le claironner jusqu'aujourd'hui avec cynisme et hypocrisie.
Ces accords visaient surtout à garantir pour l'industrie d'armement français le monopole absolu du marché de matériel de guerre en Afrique et à y avoir une libre circulation du matériel de guerre comme au temps colonial. Les grands fabricants français tels que Dassault, Thomson, Renault, Matra et Aérospatiale entre autres n'avaient plus besoin de se plier aux règles astreignantes habituelles des marchés publics et ne pouvaient donc pas craindre les concurrents potentiels américains, allemands, britanniques, russes et japonais qui sont pourtant plus compétents sans doute pour certains appels d'offres.
La corruption aidant, ces fabricants français s'appuient toujours sur ces accords pour décrocher de gré à gré les appels d'offres sur le marché du matériel guerre en Afrique dite francophone et établissent par ailleurs une dépendance technologique qui annihile toute émergence d'une fabrication locale, fût-ce-t-elle artisanale.
Le volet de la formation civique et militaire dans ces accords ainsi que celui du recyclage et de la formation continue du personnel militaire africain sont relégués au dernier plan s'ils ne sont pas purement et simplement relégués aux calendes grecques. Le comble de parodie dans ce volet est le cirque militaire organisé annuellement à grands frais sur le dos du contribuable Africain et dénommé pompeusement "manœuvres militaires franco-togolaises", "manœuvres militaires franco-gabonaises", "manœuvres militaires franco-ivoiriennes", "manœuvres militaires franco-camerounaises", selon le cas. Cela a le mérite de permettre à des officiers français médiocres de donner libre cours à leur maladif complexe de supériorité.

2.2. Les bases militaires françaises en Afrique : la présence intimidatrice et génocidaire.

Le désir manifeste de perpétuer cette tradition génocidaire et eugénique explique la présence encombrante des bases militaires françaises sur le Sol Africain (à Djibouti, au Gabon, en Côte d'Ivoire, en Centrafrique et au Sénégal). Ces bases militaires françaises assument principalement trois fonctions dans la vie socio-politique des pays Africains:
  • Surveiller les gouvernants imposés aux peuples Africains par les milieux françafricains, et le cas échéant les "mettre au pas" (exemples: le cas de la Côte d'Ivoire sous Houphouët Boigny ou du Sénégal sous Léopold Sédar Senghor).
  • Créer un état de psychose permanente et une phobie d'état de siège permanent chez les Populations Africaines
  • Provoquer à dessein des conflits inter-étatiques, des guerres civiles ou des "nettoyages" ethniques (exemples: le massacre de plus de 300'000 Bamiléké au Cameroun d'Ahidjo par les militaires français et camerounais, la guerre civile de Biafra au Nigeria provoqué par le réseau Foccard).
    S'il est vrai que l'implantation de bases militaires par un pays dans d'autres pays tiers est aussi vieille que l'Histoire de l'Humanité et n'est pas une invention néo-coloniale, le caractère particulièrement cynique et barbare du cas françafricain mérite une attention particulière à bien des égards. En effet, comme cela vient d'être mentionné, les bases militaires françaises ne sont pas implantées en Afrique dans le seul but de créer une mise sous tutelle politique et économique des pays Africains vis-à-vis de la France, mais aussi et surtout dans le but de vider le continent Africain de sa substance humaine afin d'avoir libre accès aux ressources premières et disposer enfin de l'"espace vital tropical" que le Français considère à juste titre comme le "paradis terrestre". L'adage courant en France qui déclame de façon anodine et hilare le slogan "l'Afrique sans les Africains" exprime en réalité un profond désir malsain enfoui dans les tréfonds souillés de l'inconscient collectif français. La patrie de la Liberté, de la Fraternité et de l'Egalité peut faire la sourde oreille à sa propre devise nationale lorsqu'il s'agit de "nettoyer" le "pré-carré françafricain" considéré à tort comme une propriété française de Droit Divin pour se procurer l'"espace vital". Dans tous les cas, des "experts" en histoire, rompus dans l'art du révisionnisme seront déployés plus tard pour justifier le " bien-fondé" d'un tel "nettoyage" sanglant civilisateur!

    3. Les conséquences de la culture militaire génocidaire française au TOGO.

    Quoique le Togo ait eu la chance ne pas avoir une base militaire française sur son territoire la transmission de la culture militaire française à l'armée togolaise est une parfaite réussite: les Forces Armées Togolaises, équipées et encadrées par l'armée française est une parfaite armée génocidaire au même titre son modèle français. Les récents événements sanglants d'avril 2005 à l'actif des éléments de l'armée togolaise en disent long. Pire, le mentor génocidaire français ne manque pas de lui prêter main forte dans sa tâche de "nettoyage" en cas de besoin. S'il est vrai que la naïveté politique de la majorité des Togolais avait favorisé cet état de chose, il faut tout de même souligner que le rôle-clé joué par feu Eyadéma Gnassingbé dans le fonctionnement du réseau françafricain ajouté à son habileté à crier au loup au premier coup de pétard pour faire appliquer les fameux accords de défense par le gouvernement français laissait peu de marge à tout observateur et tout acteur de la vie socio-politique togolaise pour mieux examiner en quoi la culture militaire génocidaire française constitue le socle de la politique sécuritaire du régime Eyadéma. On se rappelle encore comment la tentative de putsch du 23 septembre 1986 à Lomé (donc une affaire purement togolo-togolaise) a été présentée comme une "agression militaire" venue du Ghana et bénéficiant du "soutien tactique et logistique de l'Armée Ghanéenne" pour que la Présidence de la République Française ordonne une intervention militaire immédiate au Togo pour soutenir le régime Eyadéma. On se rappelle également encore comment la Présidence de la République Française fit positionner une détachement de 300 parachutistes commandos français à Agoué (Bénin) en décembre 1991 lorsque feu Eyadéma Gnassingbé décida de torpiller le processus démocratique enclenché quelques mois plus tôt en envoyant plus de 1'000 soldats togolais capturer le Premier Ministre de la Transition, Maître Joseph Kokou Koffigoh dont la garde rapprochée n'avait pratiquement aucune capacité de résistance militaire significative!
    Les Togolais qui croyaient au départ que les parachutistes français venaient libérer "leur Premier Ministre du Changement" ont fini par déchanter en apprenant que ceux-ci sont arrivés au Bénin ….. sur la demande d'Eyadema! Ils n'étaient pas positionnés au Bénin pour voler au secours de M. Koffigoh! Ils n'étaient pas positionnés au Bénin pour une évacuation éventuelle des citoyens français résidant au Togo! Ils n'étaient au Bénin pour intervenir en cas de catastrophe humanitaire! Ils y étaient positionnés parce qu'Eyadema fit comprendre au président français que M. Koffigoh pourrait bénéficier d'un secours militaire (hypothétique) venant du Ghana et qu'il fallait appliquer les accords de défense.
    C'est donc cette culture militaire française de lâcheté et de médiocrité humanitaire que les officiels français cherchent à faire perpétuer au TOGO en mettant Gnassingbe fils dans le fauteuil de Gnassingbe père.
    Les Togolaises et les Togolais l'ont compris. Et ils ont aussi compris que les ennemis du Peuple Togolais sont aussi bien du dedans que du dehors. Ceux du dedans agissent soit par ignorance, soit par intérêt personnel et égoïste qu'on peut leur pardonner. Ceux du dehors agissent à la fois par ignorance, par intérêt égoïste et par cynisme. Enfin, le Peuple Togolais sait aussi qu'un tortionnaire demeure toujours sourd aux supplications et aux gémissements de ses victimes jusqu'au jour où il devient lui-même une victime.
    Au Peuple Français de savoir de son côté que David a vaincu Goliath selon la légende hébraïque et qu'un proverbe Ewe déclare que "deux gazelles peuvent venir à bout d'une antilope".

    1 Komdedzi Kofi FOLIKPO, Ingénieur en Informatique et Linguiste de profession, est le Coordinateur Général de l'Organisation PYRAMID of YEWEH dont les objectifs sont entre autres la saine Promotion des Valeurs Spirituelles, Mystiques, Culturelles et Sociales des Peuples Africains. Il partage sa vie entre la SUISSE et le TOGO.

    Contacts :
    Web : http :http://www.pyramidofyewe.org
    E-mail: pyramidofyeweh@bluewin.ch ou Komdedzi@hotmail.com




Citations
Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela



 

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