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Il nous faut impérativement changer le cours des choses au Togo selon Dossouvi Hilaire Logo

Exilé politique togolais, Dossouvi Hilaire Logo réside au New Brunswick au Canada. De passage en Europe, cette figure de référence de la contestation populaire contre le régime Rpt, a accepté de parler du Mouvement patriotique du O5 Octobre ( MO5) dont il est membre. L'opposant togolais qui s'est aussi prononcé sur les élections présidentielles du 24 avril 2005, les réfugiés togolais vivant au Bénin et au Ghana, a donné ses appréciations sur le gouvernement que dirige Edem Kodjo depuis le 20 juin.
Lisez l'entretien qu'a bien voulu nous accorder l'auteur de l'ouvrage : " Lutter pour ses droits au Togo "


Dossouvi Logo, vous êtes un militant reconnu de la cause démocratique au Togo. Au-delà, vous êtes une figure de référence pour le soulèvement populaire du 05 Octobre 1990 contre le régime Eyadéma. Qu'est-ce que vous êtes devenu ?

Il y a quinze ans, le vent de l'exil nous a fait ballotter au gré de ses courants au Ghana, au Burkina, en Côte d'Ivoire, au Bénin. Finalement, j'ai échoué au Canada depuis 2001, d'où je continue d'apporter du mien à la lutte pour l'éradication de la dictature de mon pays. Ces deux dernières années, je me suis consacré à la publication de mon livre " Lutter pour ses droits au Togo " paru aux Editions l'Harmattan en novembre 2004.

Depuis cette date, j'ai fait le tour des Etats- Unis et de l'Europe pour en faire la promotion. Une occasion certaine pour en même temps toucher du doigt, la dure réalité de l'exil tel que le vivent les compatriotes aux quatre coins du monde, échanger et harmoniser avec eux nos visions stratégiques du combat démocratique.
Je viens d'amorcer l'écriture d'un second essai. Et je pense que l'exil est un enfer et dans tout enfer, il faut essayer d'organiser son paradis.

Vous êtes un des ténors du Mouvement patriotique du 05 Octobre ( MO5)crée dans les années 90 pour continuer la contestation du régime Rpt. Les peuples du Togolais avouent aujourd'hui que votre mouvement a perdu de son mordant. Qu'en dites-vous ?

Vous avez certainement constaté que depuis 1991, le MO5 n'a pas baissé les bras. De la création de ce mouvement jusqu'à la fin de la transition dirigée par Koffigoh, tous les membres de la coordination ont été contraints à l'exil et l'absence sur le terrain est un sérieux handicap.
De Bassirou Ayéva à Eloi Koussawo en passant par Adjé Kpadé Alafia, nous avions posé des actes concrets pour la marche en avant du processus démocratique togolais. Même si des peaux de banane et des embûches de tous genres sèment notre route.

Notre objectif final reste bien clair, c'est l'éradication du système dictatorial au Togo et le décès d'Eyadema qui l'a incarné pendant plusieurs décennies, n'est pas notre leitmotiv. Cela signifie qu 'en ce moment précis, si notre mouvement est devenu plus silencieux, il a par contre mûri et a fait son auto- évaluation. Sachant ce qui nous reste à faire, nous restons convaincus qu'au moment venu, les Togolais apprécieront.

En votre qualité de conseiller à la planification stratégique au sein de la coordination générale du MO5, ne trouvez -vous pas que c'est un échec pour votre mouvement si ce dernier n'est pas parvenu après quinze années de lutte à avoir raison du régime Eyadéma. Surtout que ce dernier s'en est allé de mort naturelle ?

La mort d'Eyadéma qui a dirigé sans partage le Togo ne constitue pas le but poursuivi par notre mouvement. Et la mort de tel ou tel ne constitue pas l'aboutissement du processus démocratique tel que nous le poursuivons au sein de notre mouvement.
Nous avons connu des pays qui ont mis des siècles pour venir à bout du système impopulaire dans leurs pays. Concrètement, je fais un clin d'œil au système d'apartheid politique que l'ANC a mis un demi -siècle à éradiquer. Cette victoire une fois conquise, les Sud-Africains font face depuis lors à l'apartheid économique. Et j'avoue que cela ne finira pas de sitôt.

Pour le cas togolais, je pense que nous devons nous armer de patience, mais surtout d'organisation, sans lesquelles, nous retomberons à chaque pas dans les pièges du passé : les pièces de la traîtrise, de la démagogie, de la propagande pour lesquelles le néo-colonialisme français a outillé ses valets locaux prêts à servir, même au nom des intérêts extravertis.

Ce n'est pas une question d'échec dans le temps, mais plutôt un problème d'adéquation de stratégie face à la machine néo-coloniale française qui se cache derrière nos pseudo institutions nationales, avec la complicité d'une communauté internationale qui a fait piètre figure dans les récents événements qui ont embrasé le Togo.

Eyadéma n'est plus. Le système politique qu'il a eu à incarner d'avril 1967 à février 2005, lui a survécu. Dossouvi Logo, vous aviez eu à convier le peuple togolais à prendre part aux élections présidentielles qui se sont déroulées le 24 avril dernier. Avec des retombées néfastes qui ont fait le tour du monde, croyez -vous qu'un meilleur sort pour le peuple togolais allait déboucher de la tenue de ces élections ?

Dossouvi Logo :Nous ne sommes pas les preneurs de décision. Il y a un groupe de partis politiques( la Coalition) qui ont eu à gérer les dernières affaires électorales pour le compte de l'opposition démocratique. Certes, nous avions à un moment donné, appelé le corps électoral à aller voter non seulement pur un candidat unique de l'opposition, mais aussi à condition que la Coalition soit capable de défendre sa victoire en cas d'usurpation. Car une victoire électorale se défend en dictature.( il y a les exemples de Madagascar, de la Géorgie, de l'Ukraine…)
Durant le processus électoral, le MO5 a pris contact avec les uns et les autres, afin de recevoir des mots d'ordre. Mais rien n'y fit.

Et nos jeunes frères présents sur le terrain et qui ont essayé les mains nues de se mettre en travers de la machine de fraude française, ont été ignominieusement assassinés par les milices du Rpt un peu partout au Togo. Par exemple le cas du bourreau Kouloum Bilizim, ancien adjoint au CB de l'Aéroport de Lomé à la retraite et parrain du Groupe de Réflexion et d'Appui au parti Rpt (GRAP).Ce sous-officier a organisé la tuerie à grande échelle dans la préfecture de l'Ogou et dans les localités de l'Est-Mono et de Nyamassila. Les tueries n'ont épargné personne, même les malades : le cas du jeune Papavi Tomékpé, assassiné au quartier Djama à Atakpamé est révoltant.

A l'analyse, la participation à ces élections apocalyptiques ressemble à un faux-pas . Mais le M05 pense qu'il fallait appeler l'électorat à y aller, pour ne pas nous faire taxer d'éternels politiciens de chaise vide et ainsi donner le pouvoir aux usurpateurs sur un plateau d'argent .

Aujourd'hui, ils ont bel et bien volé notre victoire. Mais à moyen ou à court terme, un procès les attend devant une juridiction pénale internationale pour crime contre l'humanité. Cependant, l'idéal aurait été que nous nous dotions cette fois-ci d'une structure pouvant nous permettre de défendre cette victoire de l'opposition. Il appartient de situer les responsabilités des uns et des autres afin de préconiser une rectification du tir.

Bien évidemment, le peuple n'a pas eu pour président, le candidat pour lequel il a voté. Depuis la fin du mois d'avril 2005, ils sont nombreux les Togolais des deux sexes, et de tous les âges à fuir l'insécurité post-électorale et trouver refuge dans les pays voisins du Togo. L'exil est éprouvant et en la matière, vous en savez quelque chose. Que fait depuis lors votre mouvement pour venir en aide à ces populations en détresse qui vivent dans les camps de fortune ?

Dossouvi Logo :Depuis ce que j'appelle le grand brigandage électoral des autorités de fait au Togo, nous avons envoyé de nos militants qui évidemment n'ont pas affiché leur étiquette MO5 et nous pouvons vous dire en ce moment précis que tant du côté du Ghana que celui du Bénin les services togolais continuent de traquer les anciens responsables des bureaux de vote et les activistes des partis de la Coalition.

Des armes du pouvoir togolais passent les frontières surtout du côté béninois pour continuer les exécutions extra -judiciaires d'opposants.
Côté ghanéen, le scénario est le même. La protection des réfugiés togolais sur le territoire est hypothétique. Ce que tout le monde ne sait pas c'est que des clauses secrètes dont personne ne connaît la teneur, lie le Togo à ses pays voisins.

D'où un travail discret de notre mouvement pour la sensibilisation à la vigilance. Des problèmes existentiels se posent avec acuité sur les sites du camp. Vous savez aussi bien que moi qu'il y a beaucoup à faire. A côté du cas de nos compatriotes ayant fui le pays pour raison d'insécurité.
Des démarches ont été entreprises par notre mouvement auprès des responsables du HCR en vue d'améliorer les conditions d'accueil de tous nos compatriotes présents dans ces camps.

Avez-vous des exemples à avancer sur ces exactions qui se seraient déroulées sur les sites qui accueillent les Togolais en territoire béninois ?

Dossouvi Logo :Selon nos informations, les camps installés dans la région de Lokossa et environs reçoivent régulièrement de macabres visites d'agents de répression en mission commandée. Les jeunes réfugiés de ces camps à en croire d'autres sources, sont obligés de se transformer en brigade de surveillance jour et nuit. Il s'agit d'un sérieux rififi sur le plan sécuritaire dans ces camps. Nous poursuivons nos investigations, pour en savoir davantage.

Si on parlait du nouveau gouvernement dirigé par Edem Kodjo. Quelle appréciation faites-vous du retour du leader de la CPP à la primature après un premier passage en 1994 ?

Dossouvi Logo :Edem Kodjo reste fidèle à sa ligne de 1966. A l'époque, il avait été sollicité par la France pour aller à la rescousse du pouvoir d'Eyadema. Tout le monde connaît aujourd'hui la vraie nature de ce pouvoir : une autocratie sanguinaire qui a conduit le pays à une déconfiture sur le plan socio- politique, économique et moral.
Avec les tentatives de changement suscitées par les mouvements des années 1990, Edem Kodjo a cherché à se mettre à l'école démocratique, en vain. Il est tout simplement retourné à ses premiers amours, à cause de ses débâcles électorales successives au sein de l'opposition.

Notre énarque est allé renforcer l'équipe de Faure Gnassingbé au service des intérêts français. Peu importe pour lui, de flirter avec des tortionnaires patentés, exemple de Laoukpessi, vomi même du temps d'Eyadéma. Cet homme détient aujourd'hui le portefeuille de la Sécurité au sein de l'équipe mise en place par Kodjo.

Je crois que c'est la honte bue jusqu'à la lie. A voir le nombre de crânes de Togolais sur lesquels se repose ce gouvernement. Ne voulant pas être assez prolixe sur la composition de cette équipe du tandem Edem Kodjo- Faure Gnassingbé, j'attends seulement de voir comment le Secrétaire d'Etat chargé de la promotion des jeunes, fera célébrer la prochaine journée du O5 0ctocbre, date coqueluche de la jeunesse togolaise.

Le Secrétaire d'Etat chargé de la promotion des jeunes était jusqu'à sa nomination le président de la Nouvelle Dynamique Populaire. Ce mouvement de jeunes serait dit-on proche du vôtre, le M05.

C'est archi-faux. Notre mouvement se veut une structure de militants de conviction. C'est pour dire que celui dont vous parlez, n'a jamais frotté avec notre mouvement, comme l'insinuent des scribouillards au service du pouvoir Rpt.

Avec tout le calvaire subi jusqu'alors, qu'est -ce que les peuples du Togo ont-ils à espérer de la lutte pour la démocratie ? Dossouvi Logo : Je pense qu'il faut nous réorganiser. Par exemple près de 600 000 jeunes et intellectuels togolais se retrouvent à l'étranger. L'obligation morale pour nous aujourd'hui, est de nous constituer en diaspora des Togolais de l'extérieur avec une direction unique et des objectifs précis ; la conquête et l'exercice du pouvoir au Togo.

Il nous faut impérativement changer le cours des choses au Togo dans l'intérêt de tous ses fils sans aucune distinction. La diaspora doit désormais peser dans la balance, tout en essayant d'assortir la politique d'une certaine éthique. Celle de la défense des intérêts matériels et moraux des peuples africains.

Certains diront que peut-être nous rêvons. Mais nous autres, nous pensons que ce sont des défis de grande taille et des enjeux qui valent la peine de courir des risques.

Propos recueillis à Chaumont- Gistoux par Marc Kuessan Satchivi




Citations
Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela



 

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