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L'économie, autant que l'islamisme, peut expliquer le coup d'Etat du 3 août.
Cinq jours après le coup d'Etat en Mauritanie, il reste difficile de percevoir en quoi le Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) et son président, le colonel Ely Ould Mouhamed Fall, représentent un véritable changement.
Certes, le premier communiqué officiel contient une profession de foi démocratique, le nouveau pouvoir affirmant vouloir "mettre fin aux méthodes totalitaires du régime déchu" et promettant de ne rester que deux ans. Une vingtaine d'islamistes détenus pour leurs liens supposés avec al Qaeda ont, par ailleurs, été libérés dimanche, tandis que Sidi Mohamed Ould Boubacar, un ancien Premier ministre du président évincé Ould Taya, nommé ambassadeur à Paris après être tombé en disgrâce, a été nommé à la tête du nouveau gouvernement.
Tous les membres du CMJD (17 officiers) ont, cependant, participé à la gestion du pouvoir depuis plus de dix ans. Ely Ould Mouhamed Fall, le nouveau chef de l'Etat, est le patron de la Sûreté nationale depuis 1984, date à laquelle Ould Taya avait renversé l'ancien président Haidalla. Comme lui, il est originaire du nord du pays.
Les principaux adversaires politiques de Ould Taya affichent en tout cas un optimisme mesuré. "L'ancien régime avait fermé la porte à toutes les issues démocratiques. J'ai de l'espoir mais je reste vigilant", a ainsi déclaré Ahmed Ould Daddah, le leader de l'opposition.
Un coup des islamistes?
Une interprétation rapide attribue ce coup d'Etat aux islamistes, mécontents de l'alignement récent du régime d'Ould Taya sur les exigences des Etats-Unis. Ce ne serait pas la première fois. Depuis deux ans, de nombreux militaires et civils, notamment islamistes, sont interpellés, poursuivis ou condamnés pour avoir, selon le pouvoir, participé à une série de tentatives de putschs contre le président, dont celles de juin 2003 et d'août 2004.
Leurs auteurs ont été jugés en février dernier mais, sous la pression internationale, ils ont été libérés, alors qu'ils risquaient la mort. Ce procès semblait marquer une volonté d'apaisement de la part du pouvoir, fréquemment critiqué pour ses atteintes aux droits humains.
Alors, cette fois est-elle la bonne pour les islamistes? Ils sont présents dans le pays, et avaient des raisons d'en vouloir au président renversé. D'une part, son régime avait fermé plusieurs ONG arabes dites "de bienfaisance" ainsi que le célèbre Institut saoudien d'études islamiques, à Nouakchott. De l'autre, il s'est rapproché de Washington et d'Israël. Les Etats-Unis ont, au début de cette année, envoyé des troupes lutter contre des groupes islamistes dans le Sahara mauritanien et, le 4 juin, un groupe salafiste a attaqué une base militaire dans le nord du pays. Mais rien n'indique avec certitude que telle soit l'explication.
Des salaires en hausse
En effet, d'autres raisons, socio-économiques celles-là, peuvent avoir motivé les auteurs du coup d'Etat. L'ex-président Ould Taya avait entrepris une modernisation du pays et amené dans beaucoup de villes et villages de l'eau courante et l'électricité. En l'espace de deux ans, les salaires ont été augmentés de 50 pc, voire de plus de 70 pc pour les salaires les plus bas. Le SMIG a triplé et les chiffres de croissance économique sont élevés (6,9pc en 2004, selon les autorités). Ces augmentations, cependant, n'ont pas eu d'impact sur le coût de la vie. Chaque fois que les salaires ont grimpé, les prix ont flambé. La pauvreté touche 46pc de la population. Au point que le député Ibrahima Sarr avait interpellé le Premier ministre devant l'Assemblée nationale. "Nous ne voulons plus d'augmentation de salaires. Ce qu'il faut, c'est maîtriser les prix", avait-il lancé.
La manne pétrolière
Par ailleurs, la corruption est endémique. Elle touche notamment les revenus de la pêche, une des premières ressources du pays, mais une autre manne se profile à l'horizon: celle des ressources pétrolières récemment découvertes. Dès lors, plus que sur leur affiliation idéologique, les Mauritaniens s'interrogent sur l'appartenance tribale de chaque membre de la junte militaire. Toute tribu qui y trouve un des leurs espère tirer profit des ressources. Et si le coup d'Etat n'était qu'une manière, pour un autre groupe, de maintenir à son profit le népotisme, le tribalisme et la corruption que le pouvoir déchu a entretenus pendant longtemps?
Lecture proposé par Martin Adelan
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Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela
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