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INTERERVIEW DE MONSIEUR AGBEYOME MESSAN KODJO ANCIEN PREMIER MINISTRE DU TOGO

« Je ne crois pas que ni l’armée, ni les forces de maintien de l’ordre,puissent investir les rues de nos villes, pour gérer des manifestations qui tournent en émeutes ,avec des moyens inadaptés à la nature de leur mission, sans un ordre dûment donné par la hiérarchie »

Les dures épreuves qu’il vient de traverser semblent n’avoir d’autres prises sur lui, que de le renforcer dans les convictions, qu’il a choisies de défendre résolument… C’est, du moins, ce qu’on retient de l’enthousiasme et de la fermeté contenues dans le discours de l’ancien Premier Ministre Togolais Messan Agbéyomé KODJO chaque fois qu’il s’agit, pour lui de prendre la parole au sujet de son pays et des perspectives qu’il envisage, en termes de résolution de la crise politique et de ses propres perspectives. Sortant du silence pour la première fois depuis sa libération en juin dernier, il lève ici pour nous le voile sur les zones d’ombre liées aux derniers événements qu’il a vécus. Mais plus fondamentalement, l’ancien chef du gouvernement togolais, en pleine préparation d’une rentrée politique d’envergure aborde sans détours, les questions qui dérangent aujourd’hui dans le débat politique national, sans occulter le sujet relatif à la forme que prendra désormais son engagement politique.

 

QUESTION N°1 : Monsieur le Premier Ministre comment vous portez –vous après la dure épreuve de l’incarcération ?

Je crois que je me porte assez bien après les soins, que je viens de recevoir dans un centre hospitalier. Mais permettez-moi avant de poursuivre cet entretien avec vous, d’exprimer ici mes profonds sentiments de reconnaissance aux Organisations des Droits de l’Homme, qui ont pris une part très active dans le processus de ma libération. Elles sont nombreuses et je ne peux les citer toutes, néanmoins je pense à la LTDH , AMNESTY INTERNATIONAL, la FIDH , le RADDHO, la FONDATION AFRICA , sans oublier la contribution inestimable des confessions religieuses et en particulier l’Eglise Catholique. Je n’oublie pas les médias à qui je veux rendre ici un hommage appuyé pour le travail accompli dans cette affaire surréaliste, qui a permis aux togolais de comprendre la nature du procès qui m’est fait. Enfin, à mes compatriotes qu’ils résident au Togo ou à l’étranger, je voudrais témoigner de mes sentiments d’admiration, pour leur combat pour la liberté et la justice.

QUESTION N°2  : Pourquoi depuis votre libération vous êtes resté très silencieux, alors que les Togolais attendaient de vous des explications sur les raisons profondes de votre rupture avec le régime RPT. Quel est le bilan de votre expérience comme exilé et prisonnier politique, ayant obtenu votre libération par la grâce du Président de la République , dans le cadre de sa politique d’apaisement ?

 

Je poursuis mes méditations sur les raisons réelles de tout cet acharnement contre ma personne, et j’avoue que toutes les équations que j’essaie de formuler pour traduire les éléments de mon conflit avec « mes amis de trente ans »sont restées sans solutions. Rien ne peut justifier cette répression systématique, qui s’abat sur ceux qui expriment leur désaccord, sur la politique conduite dans le pays. Si jusque là je ne me suis pas exprimé, c’est parce que j’ai été fortement éprouvé pendant toute cette période de mon incarcération, et j’avais besoin de recouvrer ma santé, avant de reprendre mes activités aux cotés des forces qui luttent pour la démocratie et le respect des droits de l’homme dans notre pays. Il est vrai que dans le cadre du RPT, j’ai servi l’Etat et assumé des fonctions éminentes.

Le rôle d’un Premier Ministre tel que définit par la Constitution de notre pays est de conduire l’action du Gouvernement, d’appliquer autant que faire se peut sa déclaration de politique générale, et d’aider le Chef de l’Etat pour le meilleur management possible des institutions. Lorsque le Chef de Gouvernement n’est plus en mesure de conduire la politique pour laquelle il a été investi par l’Assemblée, parce que sa marge de manœuvre est étroite et que de surcroît sa fonction est dépouillée de toutes ses prérogatives, la seule alternative qui s’impose à lui est de tirer sa révérence. C’est ce que j’avais fait et non sans risques.

Par ailleurs, il convient de noter que concurremment à ce drame que je vivais à mon poste, ligoté dans mes initiatives d’impulser une nouvelle dynamique à l’action gouvernementale, certains cadres du R.P.T soucieux de préserver l’avenir du Parti, exprimaient une volonté affirmée, de sortir l’Etat togolais de sa léthargie par des reformes profondes et audacieuses de cette formation politique.

D’emblée, il m’est apparu impératif en ma qualité de Chef de Gouvernement et fort des convictions qui étaient les miennes de donner une impulsion à ce processus, pour prévenir l’avenir de la Nation des crises majeures et de l’aider à sortir de la pauvreté et de l’extrême précarité qui la caractérisaient. Evidemment, cette démarche ne pouvait plaire à tout le monde. C’est ce qui m’a valu cette campagne de dénigrement et de persécution politique. Contrairement aux allégations selon lesquelles j’ai été limogé de mes fonctions de Chef de Gouvernement, l’article n°66 de notre Constitution, avant sa dernière modification est formel, et ce n’est donc pas sans raison qu’il a subi après mon départ, des opérations plastiques qui rendent aisées, le congédiement d’un Chef de Gouvernement peu commode.

 

Dès lors, il devient aisé de constater que les faits allégués ne sont point pertinents à l’instar « du crime de détournement de deniers publics » et des déclarations controuvées et intempestives de certains responsables de l’administration judiciaire dans les médias, en dépit de leur serment de dire le droit, et de respecter la vérité, quoiqu’il en coûte.

 

Ma famille a beaucoup souffert dans cette épreuve, qui a duré trois longues années. Certains y ont trouvé la mort, je fus de surcroît empêché, de saluer leur mémoire, d’autres en sont encore traumatisés. Mais c’est la vie et c’est l’une des épreuves que je dois vivre au cours de mon pèlerinage terrestre. Je n’ai aucun sentiment de haine ou de rancœur envers ceux qui m’ont imposé cette croix. J’ai pu cependant mesurer la dureté de certaines attaques et l’impudeur de certains comportements, venant de la part des gens qui avaient ma confiance. L’amitié ce n’est pas seulement quand tout va bien, mais c’est aussi et surtout quand tout va mal. Ma seule prière est que cette tragédie politique, permette à mes persécuteurs et à ceux qui incarnent les institutions de la République , de tirer les leçons qui s’imposent pour que plus jamais, aucun togolais ne puisse à nouveau subir la dure loi de l’intolérance, pour ses convictions politiques ou pour un délit d’opinion. Cela nécessite naturellement, une orientation politique qui s’inscrit dans une rupture totale avec les méthodes du passé et les habitudes de la maison, car pour moi l’homme doit être au centre de toute action politique, et l’intérêt de la Nation au dessus de toute préoccupation.

 

Relativement au décret de Faure Gnassingbé qui « suspend les poursuites » contre ma personne, je l’apprécie à sa juste mesure. J’ai la faiblesse de croire que si on lui avait fait découvrir la vacuité de mon dossier judiciaire, il m’aurait adressé une lettre d’excuse et de compassion au regard des persécutions et traitements inhumains dont j’ai été une victime innocente ; si tant est qu’il reste fidèle à ses engagements pris, pendant la campagne électorale.

 

QUESTION N°3 Que vous reproche t-on exactement ? Vos avocats ont laissé entendre que le dossier est vide. Pouvez- vous nous éclairer un peu sur le contenu de ce terme pour permettre à notre lectorat de se faire un jugement sur ce qui s’est réellement passé ?

 

Il faut se souvenir que dans le cadre de la modernisation du Port Autonome de Lomé j’avais signé deux conventions de financement l’une avec la BOAD en 1995 pour la réhabilitation de la jetée principale et du Mole N°1, pour un montant de 5 Milliards de francs CFA, et l’autre en 1997 avec l’AFD pour un montant de 5,6 Milliards destinés à préparer le Port de Lomé à faire face aux rapides mutations, qui affectent l’industrie maritime. Le financement de cet organisme de coopération et de développement français, devait assurer la Construction d’un Terminal à Conteneurs, le renouvellement des engins de Manutention et l’Informatisation des services portuaires.

Ces deux conventions ont été exécutées totalement pour la première, et partiellement pour la deuxième, avant que je ne fusse appelé le 22 juin 1999 à diriger l’institution parlementaire. Les travaux de génie civil ont été exécutés par l’entreprise de construction UDECTO, maître d’œuvre, le contrôle et la supervision des travaux par un cabinet canadien TECSULT, et l’authentification des actes juridiques liés à cette convention par Me YWASSA. Tous ces prestataires furent payés directement par la BOAD , après que cette dernière s’est assurée que les missions dévolues à chacun avaient été exécutées, conformément aux normes retenues.

Feu Général EYADEMA honora de sa présence l’exécution des travaux en compagnie de Kwassi KLUTSE, alors Premier Ministre.

 

Enfin, pour le financement de l’Agence Française de Développement, son Directeur Général au début de cette cabale avait écrit à Koffi SAMA, alors Chef du Gouvernement que sa Convention avec le Port sous l’autorité de l’Ancien Directeur Général ne souffrait d’aucun dysfonctionnement, comme en témoigne un rapport d’expertise de l’AMP (Accord des Mécanismes de Paiement) élaboré par le Crédit Lyonnais à sa demande, Voilà une sanction qui est claire. De plus les autorités judiciaires françaises qui avaient été saisies par une commission rogatoire , avaient estimé que les accusations du Gouvernement togolais étaient sans fondement et dénuées de toutes preuves, se fondant sur les investigations conjointes de la police judiciaire et des autorités bancaires françaises. Bref, ces faits n’étaient pas de nature à entraîner des poursuites judiciaires à mon encontre pour défaut de charges.

 

Vous comprenez donc que j’ai été incarcéré, sur la base d’un dossier vide, sur des faits d’inspiration exclusivement autres que judiciaires.

Sinon par quel tour de magie, peut-on réaliser les travaux prévus par ces conventions, les factures dûment visées par l’Ingénieur Conseil , et honorées par les bailleurs de fonds, et détourner par la suite les fonds de ces deux conventions ? On a l’impression que l’envie de nuire, emmêle les facultés d’appréciation et d’analyse des apprentis sorciers du machiavélisme. Même les témoignages bailleurs de fonds, tout comme l’arrêt rendu par le Tribunal de la Chambre d’accusation, qui m’exonèrent de toute charge n’ont pu dissuader les chantres de la manipulation de l’opinion et du cynisme, de vouloir poursuivre leur entreprise de démolition d’un adversaire politique.

 

QUESTION N°4 Et pourtant, votre successeur au Port avait fait état d’un coup de fil, qu’il avait reçu d’un certain Chevalier du Crédit Lyonnais ,Agence Internationale qui atteste que vous aviez retiré aux guichets de cette Banque en 2002 une somme de Trois Cents Millions de Fcfa et que vous y disposez d’un compte à terme créditeur ,d’une somme de 4 Milliards de francs CFA ?

La sanction du Crédit Lyonnais est claire et sans équivoque. Je n’ai jamais eu de compte ouvert dans les livres de cette banque. En outre, le Crédit Lyonnais déclare ignorer Mr Chevalier, qui ne figure nulle part dans ses effectifs. Je vous laisse apprécier, le caractère rédhibitoire des déclarations réelles ou supposées de mon successeur,reprises en boucle en avril dernier par certains journaux à sensation, voire stipendiés dont le but est de venir à la rescousse de mes persécuteurs pris en flagrant délit de menterie.

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QUESTION N°5 Qu’en est- il du Hangar du Port dont le pouvoir vous accuse de l’avoir cédé à un narcotrafiquant Colombien ?

Il n’y a jamais eu de cession de hangar sous mon administration au Port de Lomé. C’est vérifiable. Le but de cette accusation gratuite était de m’impliquer, pour des raisons non avouées par mes détracteurs, dans le trafic de drogue dont le Togo selon les médias, serait devenu une plate-forme de transit. Apres l’échec de la procédure de mon extradition, devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, il était aisé d’inventer un autre chef d’accusation, auquel sont très sensibles les pays occidentaux. Imaginer l’effet « L’ex PM Agbéyomé KODJO est impliqué dans le trafic de la drogue ! ». La preuve de cette accusation résiderait dans la cession d’un hangar du Port à un narcotrafiquant Colombien. On ignore toutes les caractéristiques de cette cession : l’identité de l’acquéreur, les caractéristiques du hangar, le montant de la transaction, la date de ce transfert de propriété. L’accusation s’est vite évanouie face à l’existence d’un dispositif législatif et réglementaire qui fait de l’obligation de la production préalable d’un décret présidentiel, sous peine de nullité, de toute opération de cession de bien immobilier ou foncier à un étranger. Ce faisant, il est difficile de maintenir cette accusation sans éclabousser au passage l’Etat togolais qui devenait de facto complice d’une prétendue activité criminelle. N’eût été cet aspect réglementaire qui a échappé à mes détracteurs au moment de l’inculpation, le rouleau compresseur aurait continué à fonctionner. Un hangar n’est pas une aiguille dans une botte de foin. Le Directeur Général du Port aurait pu informer la presse qu’il n’ y a pas eu de cession d’un tel actif du patrimoine immobilier du Port, pour mettre fin à cette imposture. Mais en avait il les moyens ?

 

QUESTION N°6 N’aviez-vous pas obtenu toutes les assurances nécessaires auprès de Faure à LIBREVILLE lors de votre entretien en présence du Président BONGO le 14 mars avant d’entreprendre ce retour risqué au Togo, où vous saviez que vous étiez activement recherché ?

 

J’ai eu à Libreville toutes les assurances nécessaires, pour ma sécurité avant de rentrer. Il faut peut être rappeler que c’est suite au décès de mon jeune frère à Washington, que nous nous étions retrouvés à LIBREVILLE avec Faure autour du Président BONGO, qui s’est montré très sensible à ma peine et a tout fait pour que je puisse rentrer au Togo, pour assister aux obsèques de mon frère cadet et découvrir la dernière demeure de mes parents. La délégation que conduisait Faure avait estimé qu’il lui fallait trois semaines, pour convaincre ceux qui m’en voulaient afin que mon retour, soit à l’abri de toute agitation. Le délai qu’il m’avait donné expirait le 3 avril et je suis rentré au Togo le 8. La suite fait désormais partie de l’histoire : enlèvement à la frontière, inculpation expéditive sans le moindre respect de la procédure du code pénal, et des droits de l’accusé. Faure et ses amis seuls peuvent un jour expliquer, les raisons de la remise en cause de leur engagement pris, à LIBREVILLE devant le Doyen des Chefs d’Etat du Continent Africain.

 

QUESTION N°7 Quelle leçon tirez-vous de la vie carcérale au Togo, bref comment étaient organisées vos journées  ?

La vie carcérale au Togo est très douloureuse et c’est un doux euphémisme. Je continue de méditer sur l’horreur de ce que j’ai vécu, subi et observé pendant mon incarcération, et consigne dans un livre à paraître, les enseignements que j’en tire. Ce qui m’a le plus ému, c’est le sort de ces centaines de jeunes désemparés, privés de l’essentiel et qui n’ont pour seul avenir, qu’une vie brisée. Leur délit lourdement sanctionné porte sur le vol d’un tubercule d’igname, d’un poulet ou d’une chèvre. Que s’il est constant, que le principe de la légalité des peines et des infractions impose que la répression ne soit point liée à la valeur du  «  corpus delicti », il est paradoxal d’observer qu’il y a deux poids deux mesures dans notre système judiciaire. En effet, ceux qui devraient être lourdement sanctionnés eu égard à la gravité des crimes qu’ils commettent, comme par enchantement échappent miraculeusement à la procédure judiciaire et aux sanctions pénales prévues par la loi. La justice de notre pays mérite vraiment d’être revisitée et reformée en profondeurs.

C’est pourquoi, je me réjouis de la prise de conscience par les autorités de notre pays, des graves dysfonctionnements qui marquent tous les compartiments de notre appareil judiciaire, et loue leur courage de vouloir y remédier. Il est encore temps pour que la justice ne dise que le droit, et soit soustraite de toute influence occulte et que ceux et celles qui en ont la charge, gardent leur neutralité politique et assurent l’égalité de tous devant la loi, en tournant le dos à toute forme de séduction. Une justice injuste ou aux ordres des forces politiques ou des puissants, est un danger public et une menace pour la cohésion nationale.

 

QUESTION N°8 Quel est votre jugement sur les événements qui se sont déroulés au Togo depuis la mort du Général Eyadema ?

 

Le Général Eyadema a incarné le destin national, et a obtenu le soutien de la Nation pour conduire sa politique, et le peuple a cru en lui. Nos cœurs ont au cours de notre histoire commune, vibré à l’unisson au moins une fois, pour saluer son courage et son nationalisme. Son divorce avec le peuple est devenu irrémédiable depuis la Conférence Nationale , à cause des humiliations et des traumatismes que ces assises ont provoqué dans certaines consciences. Il a radicalisé par la suite sa politique car il se disait avoir été trahi, par les leaders de l’opposition, soutenus par le peuple pour lequel il s’est pourtant sacrifié, toute sa vie. C’est ainsi que toutes les sirènes du vent de la démocratie et du respect des droits de l’homme qui émanaient des puissances occidentales, des Bailleurs de fonds, des Organisations Humanitaires, relayées par l’opposition ont toujours échoué sur l’autel de sa méfiance et de son scepticisme. Il n’a pas eu le temps de se réconcilier avec son peuple, ni de réconcilier le peuple avec lui- même avant que la mort le surprenne. Que la terre lui soit légère. C’est dans ce contexte de méfiance, de décomposition de la société togolaise et de l’économie nationale, qu’il faut situer les événements dont le Togo est le théâtre depuis le 5 février. Il y a une crise de légitimité du système en place, dont les origines remontent au régime précédent et amplifiée par la manière et les méthodes utilisées pour conquérir le pouvoir. Il faut donc des décisions politiques audacieuses à la mesure de la gravité de la situation pour recréer la confiance, rassembler et mobiliser les énergies autour d’un programme de réhabilitation de nos valeurs, de redressement de l’économie, le tout sur fond de justice sociale et de bonne gouvernance.

 

QUESTION N°9 Quelle est votre appréciation de la situation politique au Togo depuis les dernières élections présidentielles ?

 

Je viens de le dire au risque de me répéter. Même l’adepte le plus résolu du politiquement correct, ne peut nier que les conditions d’accession au pouvoir de Faure GNASSINGBE soulèvent de graves questions, auxquelles il va falloir apporter des réponses claires. A mon avis pour répondre à cette problématique il faut rassembler les acteurs de la crise autour d’une table de réconciliation, de justice et de vérité. Pour qu’il soit entouré de succès cet exercice devra être fondé sur une volonté réelle d’exorciser tous les maux, qui empoisonnent la vie de notre Nation et être accompagné d’un désir sincère dénué de tout arrière pensée de pardonner, de réparer les torts commis et de réhabiliter toutes celles et ceux qui ont été victimes des dérives et des abus de la politique conduite dans le pays. Je reste convaincu que si nous empruntons ce chemin, le Togo pourra retrouver la voie glorieuse des nations qui avancent et qui ouvrent pour la postérité de larges horizons d’un avenir serein et maîtrisé. Les générations passent mais la Nation demeure. Quel Togo allons-nous léguer à la postérité ? Voila le grand défi qui nous est lancé et qui surpasse nos calculs et ambitions immédiates.

Bref il ne faut pas se voiler la face, le Togo rencontre de sérieux problèmes qu’il faut aborder avec courage et lucidité. Toute autre attitude relèverait d’une politique de fuite en avant.

 

QUESTION N°10 Quels sentiments vous inspirent le comportement de l’Armée dans la crise politique togolaise ?

 

L’histoire de notre armée est à la fois simple et complexe. Elle mérite d’être dotée d’un statut, le gouvernement s’y est engagé et je m’en félicite.

Son image dans l’opinion est controversée suite à une série d’actes et comportements, c’est une réalité. Nos frères d’armes ne sont pas en principe hostiles à la démocratie qui libère l’homme et qui offre à chacun, plus de moyens de se réaliser pleinement dans la vie. Ils aspirent tous comme les civils à l’amélioration de leur pouvoir d’achat, de leur condition de travail, de leur épanouissement et de l’avenir de leurs enfants. L’omerta qui entoure depuis des années, la problématique du rôle et du comportement de l’armée dans la vie de notre pays doit être définitivement levée, afin que nous puissions, dans un cadre serein, débattre de cette question et exorciser les vieux démons qui continuent de hanter le sommeil de nos paisibles populations, à chaque fois que le mot « militaire » est prononcé !

Il est vrai qu’ils font partie des structures qui obéissent, à des règles de discipline et de respect absolu de la hiérarchie. Mais il est tout aussi vrai que les enjeux capitaux auxquels nous avons à faire face aujourd’hui, nous obligent à une prise en compte de tous les paramètres qui ont pesé dans la crise que traverse le Togo. Et l’équation militaire, constitue une part non négligeable de cette crise. Pouvons-nous encore, au nom de je ne sais quelle pudeur, nous voiler la face et refuser de prendre en charge cet aspect de la question, au risque d’assister au pourrissement d’une situation qui n’a que trop duré ?

Notre expérience au plus haut niveau de l’administration dans notre pays, nous a permis de nous rendre compte qu’en dépit de tout, la « grande muette » Togolaise comporte des hommes de qualité capables de comprendre la nature des sollicitations, auxquelles un pays en voie de démocratisation est confronté. Il s’agit désormais de provoquer des échanges avec eux sur l’avenir de cette institution dans notre pays, en mettant en avant l’impératif catégorique d’un retour aux valeurs universelles qui doivent régir son fonctionnement.

C’est pour cela que je souhaiterais à l’instar de la justice que, le gouvernement puisse organiser un vrai débat national, sur la place et le rôle de l’armée dans les institutions de la république, afin de fixer définitivement sa mission et mettre ainsi fin aux situations tragiques, qui marquent notre vie commune à l’occasion de l’ouverture de la vacance au sommet de l’Etat, ou lors des consultations électorales.

Je ne crois pas que ni l’armée, ni les forces de maintien de l’ordre, puissent investir les rues de nos villes, sans un ordre dûment donné par la hiérarchie pour gérer les manifestations qui tournent en émeutes avec des moyens inadaptés à la nature de leur mission.

Les conclusions de la Commission Nationale d’Enquête sur les derniers événements tragiques dans notre pays, nous fourniront des éléments probants qui vont nourrir nos réflexions, afin qu’ensemble nous trouvions les solutions pour que le militaire, le gendarme ou le policier, n’apparaissent plus comme un ennemi du peuple.

QUESTION N°11 Aux dernières nouvelles nous apprenons que vous seriez en train de créer un parti avec votre ami PERE où en êtes-vous ?

 

Nous avions toujours écarté cette alternative, car pour nous l’objectif était de participer à la construction d’une nouvelle société togolaise basée sur le respect des valeurs démocratiques, la dignité de tous et de chacun. Il nous paraissait urgent au printemps 2002, après l’échec des Accords Cadre de Lomé, pour des raisons qui paraissent évidentes de donner un sens et un contenu à l’action politique, essentiellement centrée sur la satisfaction des besoins et des aspirations profondes de nos populations. Continuer à vouloir régler les problèmes de la société togolaise, avec les recettes d’avant-hier, dans un monde complètement métamorphosé, me paraissait relever de l’absurdité. Il faudrait que cela change disions nous et le plus tôt serait le mieux, pour nous tous. Nous n’avions pas été compris et furent exclus du RPT, lynchés et persécutés. Il appartient désormais à l’histoire, de juger les acteurs de cette initiative entravée, et les tenants du conservatisme avec leur slogan : «  Mon Général tout va bien, le peuple est heureux, il scande sans cesse des hymnes à ta gloire et à ton éternité »

Prenant l’amertume et nos misères en bandoulière nous frappâmes, à la porte de l’opposition et firent une analyse claire sur les causes du blocage de la démocratie dans notre pays et les raisons d’une impossible alternance au Togo, si aucune refonte de sa stratégie de conquête du pouvoir, n’intervenait. Nous avions été timidement accueillis, car elle estimait que les transfuges du parti trentenaire n’étaient pas dignes de sa confiance, et qu’il nous fallait vivre une période probatoire au terme de laquelle elle avisera.

Au fil du temps nous avons compris, que l’attente risque d’être longue et pour des raisons quelle n’ose pas avancer, nous n’étions pas non plus désirer dans ses rangs.

Pendant ce temps nous observons un combat surréaliste entre deux forces principales politiques du pays au milieu duquel chaque jour s’enfonce en plus le peuple togolais sans sa détresse. C’est pourquoi analysant tous les éléments qui alimentent la crise politique actuelle, nous avons estimé qu’il est temps que nous donnions un cadre structuré à nos idées, pour mener la lutte pour la justice sociale, la liberté, et le respect des droits humains. Notre objectif est de mettre fin à des fractures ethniques, régionales, politiques, économiques et sociales, construites à dessein dans la société togolaise pour favoriser le règne de l’immobilisme. C’est encore possible construire chez nous une société togolaise ouverte, moderne, conviviale et solidaire où le militaire ne devra plus être l’ennemi du civil, où le Kabyè et l’Ewé, le Moba et le Mina ne devront plus apparaître comme ayant des intérêts diamétralement opposés, où le Nord et le Sud ne seront plus de blocs antagonistes. Tous enfants de ce pays, mûs par l’idée de la grandeur et de la beauté de notre pays, nous oeuvrerons ensemble pour bâtir notre destin commun en cheminant en toute confiance et en travaillant ensemble, pour relever la Nation que nos mains et nos idées ont projeté dans l’abîme Nous pouvons réussir ce pari, car il n’ y a pas de fatalité face au drame que nous vivons, et le Maître de l’histoire nous accompagne dans cette exaltante aventure humaine, à laquelle nous convions tous les togolais de toute condition de toute origine et de toute confession. Les valeurs que nous cultiverons ensemble sont celles, qui ont fondé la puissance des Nations qui gagnent et qui tracent les sillons de l’unité nationale, du bonheur partagé et de la fierté nationale de leur peuple. Ces valeurs ont pour nom : la transparence qui crée la confiance, le travail qui crée la richesse, la justice et la bonne gouvernance qui encouragent à l’effort, la solidarité un impératif envers les plus défavorisés, le respect et la dignité de personne humaine une obligation réciproque, et tous les citoyens égaux devant la LOI.

 

Bref il est possible de définir un code de conduite à laquelle tout le monde devra adhérer. Ce faisant nous redonnerons à la politique un sens, et aux actions politiques un contenu plus proche des attentes du peuple souverain.

 

N’ayons donc pas peur et osons et ouvrons larges ensemble les portes de l’espérance de notre Nation.

 

QUESTION N° 12 Quelles sont vos relations actuelles avec vos anciens amis du RPT

Vous savez je ne me connais aucun ennemi au RPT. J’ai peut être l’illusion de croire que j’y compte encore de nombreux amis, comme en témoignent les diverses marques de sympathie et de solidarité que j’ai reçues pendant mes dernières péripéties. Il est vrai que pendant plusieurs décennies nous avons œuvré ensemble autour du Général EYADEMA pour notre pays. Plusieurs d’entre eux au lendemain de l’échec des Accords Cadre de Lomé partageaient nos convictions et l’impérieuse nécessité d’aider le Général EYADEMA a reformé le parti afin de l’adapter aux exigences du monde nouveau fait de plus de liberté et de justice et de démocratie .Mais notre initiative fut malheureusement entravée, et la prudence était devenue la règle de survie. C’est ainsi que l’enthousiasme qu’ils manifestaient pour la démocratie au sein du parti s’est étiolé, et je comprends. Je reste convaincu qu’ils seront nombreux à nous rejoindre pour donner corps à notre rêve de construire ensemble un Togo uni plus conforme aux attentes de nos populations. Le monde a évolué et les systèmes qui demeurent révulsifs au changement n’ont aucun avenir. C’est pourquoi notre démarche vise à rassembler toutes les énergies et compétences que compte le Togo et qui aspirent à la construction d’une nouvelle société fondée sur l’égalité des chances, plus d’opportunité pour chacun d’accéder au savoir, à l’avoir, et au pouvoir pour la grandeur et le rayonnement de notre Nation.

 

 

QUESTION N°13 Quel est votre mot de fin ?

 

Je voudrais convier nos compatriotes à demeurer dans l’espérance, et à refuser d’emprunter le chemin facile de la résignation et de la fatalité, le TOGO est notre patrimoine à tous, rien n’est totalement irréversible car, nous vivons dans un monde en perpétuel mouvement. Je sais qu’ils ont payé un lourd tribut durant ce long processus et qu’ils en viennent à se demander si cela vaut la peine de s’investir dans cette nouvelle aventure, qui ne leur apporte que souffrance, misère et ruine. C’est justement conscient de cette situation dramatique qui est la leur que nous estimons qu’il est urgent de donner un nouveau souffle à leur combat et envisager l’action politique autrement pour la rendre plus exaltante et passionnante. Le devoir d’un homme politique et de surcroît homme d’Etat c’est d’être avant tout lucide, afin de discerner le vrai de tout ce qui relève des manoeuvres des séducteurs chevillés à leurs intérêts partisans, pour mieux comprendre les besoins et les attentes des populations, les anticiper et leur donner corps dans la mesure du possible.

Etre au service de la République , c’est avant tout autre considération, être un serviteur du peuple en charge de la gestion de l’intérêt général sans exclusive. C’est notre conception de la politique et nous pensons que si nous adhérons tous à cette mystique nous pourrons faire renaître notre TOGO de ses cendres tel un phénix. J’ai une pensée pieuse pour nos compatriotes qui vivent dans la précarité dans les camps de réfugiés dans les pays voisins, et leur exprime ma solidarité, et ma compassion. Je m’incline devant la mémoire de tous ceux qui ont péri dans les troubles qui ont émaillé le récent processus électoral et présente mes vives condoléances aux familles éprouvées. A vous tous, je vous exhorte au courage, à l’union, à la persévérance. Surtout ne désespérez pas ! C’est à ce prix que nous pourrons offrir à la postérité un nouveau TOGO fait de prospérité et de bonheur. Aux valeureux joueurs de notre Equipe Nationale je voudrais saluer leur prouesse, qui nous donnent des raisons de croire à la résurrection de notre Nation, et leur souhaite tous mes vœux de succès pour qualifier le Togo au prochain rendez vous du football mondial en Allemagne l’année prochaine.

 

Dieu nous bénisse et qu’il bénisse notre Cher pays le Togo




Citations
Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela



 

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