Chers amis, chers compatriotes,
Chers amis, chers compatriotes,
Je veux vous remercier d’avoir répondu, nombreux, à l’invitation lancée par Sursaut Togo, qui a organisé cette soirée pour venir en aide à nos compatriotes réfugiés à l’étranger et notamment au Bénin, au Burkina et au Ghana.
Une délégation de Sursaut s’est déjà rendue en Afrique pour leur apporter notre soutien non seulement moral, mais aussi matériel. Nous savons que depuis le mois de juin 2005, date de notre passage, plusieurs autres milliers de Togolais ont fui le Togo et sont venus gonfler les effectifs déjà présents dans les camps ou dans les familles. En effet, la sécurité des hommes et des biens n’est toujours pas assurée au Togo. L’ombre de la violence institutionnelle, de l’enlèvement crapuleux suivi de la disparition, plane toujours sur nos villes et sur nos campagnes.
Parallèlement, les conditions de vie des réfugiés se sont assez largement dégradées dans les camps : difficulté d’obtenir les papiers administratifs de régularisation, conditions dégradées en matière de santé et d’éducation. En cette fin de saison des pluies, la présence de serpents et de parasites divers s’est accentuée. Les réfugiés ont besoin de notre présence et de notre aide : nous vous proposons que le bénéfice éventuel tiré de la présente soirée soit utilisé à cette fin.
Par ailleurs, après les rapports de la LTDH et d’Amnesty International sur les violations des droits de l’Homme dans notre pays, l’ONU vient de rendre public le sien : l’organisation internationale a estimé, pour le seul droit revendiqué de déposer un bulletin dans une urne, qu’il y a eu entre 400 et 500 victimes, des milliers de blessés et des dizaines de milliers de réfugiés. Elle a clairement mis en cause le pouvoir togolais dont la responsabilité a été très nettement stigmatisée, même si, pour des raisons de symétrie et de nécessité de parallélisme des formes, l’opposition togolaise a été rendue responsable de la mauvaise maîtrise et du manque d’encadrement des jeunes manifestants révoltés contre une injustice manifeste.
A ce propos, nous avons demandé au pouvoir RPT de nous indiquer comment il comptait mettre réellement et concrètement en œuvre la réconciliation qu’il prône tous les jours du bout des lèvres. Nous souhaitons, quant à nous, qu’il cesse de parler de réconciliation pour réellement la faire. Pour cela, quelques conditions préalables doivent être remplies, que nous n’avons cessé de la garantie de leur sécurité au lui rappeler : Le retour des réfugiés, avec la reconstruction aux frais de l’indemnisation de tous les rapatriés pays le l’Etat RPT des maisons, usines, bureaux et ateliers détruits ou endommagés remboursement des frais d’hospitalisation des blessés et des obsèques aux la publication in extenso des listes des morts et des familles des morts la traduction et la condamnation des auteurs de toutes ces disparus malversations devant les tribunaux...
Je voudrais aussi vous dire un mot des relations de l’Afrique et de la France, en utilisant le prisme de lecture que nous a donné la crise togolaise.
Mais avant, je me réjouis de l’amitié entre le peuple français et le peuple togolais continuellement célébrée par l’Association France-Togo dont je salue le Président ici présent Maître AMOUZOU.
Cher Maître, cher frère, Veuillez transmettre à vos amis français de votre Association l’amitié des Togolaises et des Togolais rassemblés ici ce soir.
Chers amis, chers frères, Me permettrez-vous de rappeler une vérité évidente ? Chirac n’est pas la France ! C’est ce qui explique sans doute qu’à la mort du Président Eyadéma, « sa France » ait choisi son camp : installer le fils du dictateur, même au prix du mépris du peuple togolais et du déni de son droit inaliénable de se donner librement les dirigeants de son choix. Toutes les déclarations, tous les discours, toute la littérature, toutes les réponses du gouvernement aux questions des parlementaires que nous avons interpellés, tout montre que la ligne française ne connaît aucun état d’âme, c’est : « Faure et personne d’autre ».
Cela nous rappelle la situation de la Côte d’Ivoire : là aussi, nonobstant toutes les dénégations, la France a choisi son camp. Alors naturellement les peuples africains se demandent ce qui justifie un entêtement aussi désinvolte qu’irresponsable de la France, ce pays qui est aimé par eux et dont le peuple est un peuple historiquement ami des Africains. M’adressant à vous, Togolaises, Togolais, Je vous demande d’élargir et d’approfondir votre engagement en faveur de la démocratie en Afrique, qui ne peut être qu’une condition favorable supplémentaire dans l’entente et l’amitié entre les peuples africains et français. Expliquez à vos amis français, à vos élus la vraie situation des Etats africains, cette situation de pauvreté et de désespoir qui jette la jeunesse africaine sur les routes de l’exil. Un jour, le jour où le peuple français comprendra les vrais enjeux, nous pourrons espérer sinon son aide, du moins son exigence de vérité ou à tout le moins de bienveillante neutralité de la part de son gouvernement.
Aujourd’hui une chose est sûre : les Africains ne doivent rien attendre des pouvoirs politiques extérieurs. Ils ne doivent compter que sur leurs propres capacités à se libérer des dictateurs et se donner le régime politique de leur choix.
Oui, je l’atteste : les peuples africains sont mûrs pour la démocratie ! A eux et à eux seuls de se donner les moyens de la conquérir et de l’installer.
Chers amis, Comme vous le savez, Sursaut Togo a été créé par des compatriotes togolais et des amis français au lendemain du coup d’état du 5 février 2005.
D’emblée, dans son objectif, cette association s’est assigné un double rôle :
. dénoncer ce coup d’Etat en popularisant en Europe, en Amérique et en Afrique, la lutte du peuple togolais pour sa libération et son entrée dans le monde démocratique qu’il voyait se dessiner après 40 trop longues années de dictature. Les Togolais et les Togolaises pensaient sortir à la lumière au bout de ce très long tunnel d’obscurité. Notre premier objectif était donc clairement l’échec de ce coup d’Etat.
. se positionner comme un observatoire de la démocratie en Afrique en s’opposant très vigoureusement, à travers les média internationaux, à toute tentative de confiscation des libertés aux peuples africains, quels que soient le pays et le pouvoir qui le tenteraient.
Très vite, compte-tenu de la tournure dramatique que prenaient les évènements dans notre pays, notre Association a rajouté à ses objectifs un aspect de défense des Droits de l’Homme et un aspect humanitaire. C’est à ce titre que Sursaut a dépêché une délégation auprès de nos compatriotes chassés du pays par les violences politiques du pouvoir de fait installé à Lomé, et réfugiés dans les pays étrangers, notamment au Bénin, au Burkina et au Ghana.
Par reconnaissance du travail d’information et de harcèlement que nous avons collectivement entrepris ici sur les putchistes, en quelques mois, nous sommes devenus aussi bien les interlocuteurs privilégiés de la Coalition démocratique de l’opposition que le mouvement que le gouvernement togolais a décidé d’éliminer par tous les moyens. Mais plus ce pouvoir nous en veut, plus il nous légitime et nous conforte et plus il s’éloigne de son objectif !
Aujourd’hui, nous avons très grandement renforcé nos rangs, conforté nos positions et ancré notre présence au Togo et dans les pays limitrophes. En même temps, nous avons installé des correspondants dans quelques pays d’Amérique, d’Asie et d’Europe.
Aujourd’hui, nous constituons un groupe incontournable de citoyens et de militants togolais :
d’abord dans le microcosme politique togolais où l’opinion et la position de Sursaut sont attendues sur tous les sujets : la violence politique persistante, la situation économique et financière, la gestion de la crise du maïs, le sort réservé à nos compatriotes exilés, les réformes institutionnelles, etc...
Ensuite dans la sous-région où nous avons soigneusement tissé des relations amicales et fraternelles avec de nombreux responsables politiques et économiques des pays voisins.
C’est désormais une lourde responsabilité qui nous incombe : le peuple togolais attend de ses enfants vivant à l’extérieur, qu’ils lui proposent une alternative crédible à la situation chaotique qui prévaut au pays.
C’est pour répondre à cette attente que nous avons décidé de muscler l’instance exécutive de Sursaut. Autour de moi, j’ai demandé à des frères et sœurs de s’impliquer encore davantage, chacun et chacune dans son secteur d’excellence. D’ores et déjà, je peux vous annoncer que notre dossier de plainte contre les tortionnaires de Lomé est constitué ; que nous avons demandé aux partis politiques togolais, aux églises, temples, mosquées et associations de la société civile d’accepter de porter collectivement cette initiative afin de parler d’une seule et même voix pour sauver la dignité et l’honneur du peuple togolais devant les tribunaux nationaux et internationaux. Il faut en finir avec l’impunité érigée en mode exclusif de gouvernement au Togo. Il s’agit d’une initiative ouverte : elle n’est la propriété privée de personne et surtout pas de Sursaut. Dans cette affaire, nous nous refusons à considérer nos partenaires, comme on dit chez nous, comme « des chevaux de trait pendant que nous en serions les cavaliers ». Non, nous sommes tous des chevaux pour le seul et légitime cavalier : le peuple togolais.
C’est ainsi que se construit démocratiquement un mouvement politique. J’invite les déjà très actifs membres de Sursaut à s’impliquer encore davantage. Quant à vous tous et toutes qui nous observez encore de l’extérieur, je vous appelle à venir nous rejoindre. Notre ambition est de réunifier tous les mouvements politiques ou non, tous les collectifs et associations qui travaillent pour une vraie alternance démocratique dans notre pays.
Si nous sommes divisés, si nous attaquons en rangs dispersés le pouvoir installé à Lomé, nous sommes certains d’échouer, comme cela s’est passé depuis 40 ans maintenant.
Par contre, c’est grâce à notre unité de pensée et d’action, c’est grâce à notre union à la base et notre écoute du peuple togolais que nous montrerons à la Communauté Internationale notre crédibilité et au pouvoir en place notre capacité et notre détermination à gouverner ce pays dans la paix et la concorde.
Nous sommes prêts, en laissant bien sûr son identité à chacun, à réunir et à coordonner les projets et les actions, dès lors qu’ils visent à un mieux-vivre démocratique du peuple togolais. Notre mot d’ordre est connu :
« TOUS ENSEMBLE POUR LE TOGO ».
KOFI YAMGNANE
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