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MANIFESTATIONS FESTIVES PRÉVUES LE 13 JANVIER 2006: LES HÉRITIERS S'APPRÊTENT UNE FOIS DE PLUS À NARGUER ET À DÉFIER LE PEUPLE

13 Janvier 2006
Tout est prêt. Sinon, presque prêt pour la "fête" du 13 janvier 2006, à Lomé. Ce jour de deuil transformé en jour de fête et cyniquement baptisé journée de la libération nationale, par feu Eyadema survivra hélas à ce dernier. Du moins cette année encore...Ainsi, depuis que les descendants de la dynastie Gnassingbé se sont dans le sang accaparé du pouvoir, aucun signe ne vient indiquer une rupture avec le passé. Mépris des aspirations légitimes du peuple à assurer une vraie alternance politique, injustices se mêlent toujours à des actes de provocation. L'impunité et l'arrogance sont développées pour narguer les Togolais et pour démontrer que rien n'a changé et que rien ne changera. C'est ce qui explique d'ailleurs l'antinomie qui teinte les déclarations et les actes du Prince héritier Faure Gnassingbé et les membres du Clan. Dans cette pièce tragique dont notre pays est le théâtre, Faure, joue le rôle de Président. Depuis, lui aussi parle de dialogue et de réconciliation nationale... pour amuser la galerie, tromper la vigilance de la naïve ou complice communauté internationale, de certains Togolais et pour pérenniser le pouvoir familial. Dans un autre registre mais pour le même but, son frère Kpatcha, chef de milices doublé du titre de ministre de la défense et impliqué dans les tueries de la farce électorale d'avril 2005 se comporte en président (bis). Cet authentique fils de son père... s'emploie de manière rugueuse à faire en sorte que tout l'héritage soit respecté et que certains rites, même les plus sanglants, les plus conflictuels, les plus rétrogrades soient perpétués. II gère toutes les forces occultes ou visibles du lègue paternel. II veille pour tout dire, à la conservation du pouvoir. Et puisque ce pouvoir tire sa source de l'odieux assassinat du 13 janvier 1963... , le Clan se devait "logiquement" d'orchestrer une célébration, anachronique mais révélatrice, de cette date. Et tout est prêt...

1- Côté militaire, tout a été règlé à Kara. C'était lors du fameux cérémonial militaire dit du "Grand rapport" de décembre dernier. Instaurée par le général Eyadema, cette cérémonie corporatiste avait pour objectif de passer en revue la santé de l'armée togolaise. A l'origine, cette rencontre des officiers et délégués des différents corps et des différentes casernes devrait permette de dresser un bilan de l'année écoulée, d'émettre des critiques et de faire des projections en vue d'améliorer les conditions de vie et de travail des militaires dont la principale mission était de défendre l'intégrité territoriale. Parallèlement, ils pouvaient secourir les populations civiles en cas de calamités naturelles et autre coup dur. Très vite, le chef suprême des armées réussit à dénaturer sa composition. Puis, il la dévia de sa mission. II réussit à la transformer en Instrument de soutien de son pouvoir politique: la dictature, et fit des militaires les premiers militants du RPT. Cette déviation délibérée permit la transformation des cérémonies du "Grand rapport" en cérémonie d'allégeance béate de l'armée à un homme, le général Eyadema, à travers l'animation politique, les lecteurs de motions de soutien et de fidélité au guide...

À partir de 1990, face au soulèvement de la population pour une alternance démocratique, l'armée poussée par sa frange la plus tribalisée et la plus fanatisée, inaugura ou intensifia une autre mission: celle de terroriser les civiles... De semer la mort. Ceux qui se distinguent dans cette sordide entreprise y sont promus.

Conduite cette fois par les Princes héritiers Faure et Kpatcha dans les rôles usurpés successifs de Chef d'Etat, chef suprême des armées et de Ministre de la Défense, le "Grand Rapport" post Eyadema n'a donc pas trahi l'esprit du défunt général - dictateur. II n'a pas échappé à ce qui est devenu sa tradition, à savoir écouter les exhalations du chef, -des chefs-. Aux militaires présents à cette assise, le chef des milices du Clan Gnassingbé et du RPT, M. Kpatcha a lancé un appel "à une plus grande mobilisation et une fidélité sans faille au nouveau pouvoir. II a demandé aux militaires de se tenir prêt à mater l 'Opposition... qui a-t-il affirmé, continue de provoquer...". On lut des motions de soutien, de félicitation et de fidélité à l'endroit des Princes héritiers... assortie de la promesse de réaliser un brillant défilé militaire le 13 janvier... Tout cela au grand dam de certains jeunes officiers présents. Ces jeunes officiers qui rêvaient enfin de reformes et qui ne comprenaient pas que les Princes héritiers leur servent le même discours qu'au temps du parti unique et du président fondateur... ont été désillusionnés. Ils ont été choqués par le fait que les fils du père les traitent en moutons de Panurge, et qu'ils affichent avec insolence leur manque de volonté de transformer cette structure devenue partisane, en armée républicaine. Pour les héritiers, il n'y a qu'un objectif: confiner cette armée dans le rôle détourné d'instrument de répression de la population, de conquête et de conservation de leur pouvoir.

2 - Côté civil partisan du Clan Gnassingbé & Co:
Le clan Gnassingbé l'a promis. Cette fête connaîtra un relief tout particulier. Kpatcha s'en est personnellement occupé. Ainsi, au détour d'un voyage en Chine, cette Chine dont on connaît le goût prononcé pour l'organisation des fêtes folkloriques de masse, il a, au frais du démuni contribuable togolais, commandé des milliers de T-shirts, des fanions, bref, des gadgets à l'effigie de ce qui passe pour être le pouvoir togolais... Depuis quelques jours, les livraisons sont arrivées au port de Lomé. Ces objets de propagandes seront généreusement distribués aux partisans pour le grand défilé.

3 - Côté sport. Pour une plus grande adhésion, on prête l'intention au Clan Gnassingbé de vouloir utiliser l'inédit et consensuel événement de ces dernières années. II s'agit bien sûr de la qualification des Éperviers au mondial 2006 en Allemagne. Alors pour que la fête soit attrayante, Faure, Kpatcha, Rock et compagnie, pourraient se dire que ce ne serait que justice, si le défilé militaire et civil était inauguré et clôturé par les Éperviers ou du moins par leurs sosies. L'onction sera parfaite. L'emballage fera vendre la marchandise car il n'y a que les Éperviers qui aujourd'hui semblent créer un semblant d'union sacrée à laquelle ne sont pas parvenus les politiques. Ainsi, aux rares admirateurs du Clan Gnassingbé, aux manipulés et achetés amenés de l'intérieur du pays par camions, viendront s'ajouter d'autres Togolais fous de foot tenant à voir et à rendre hommage à ces garçons qui ont écrit une page glorieuse de l'histoire de notre sport.

Or, vu le pourrissement de la Situation politique au Togo, aucun emballage ne fera oublier que le 13 janvier 1963, un homme qui plus est, était élu au suffrage universel et exerçant les fonctions de Président de la république, a été lâchement assassiné par des démobilisés aiguillonnés par la France. Personne, quelque soit son appartenance politique, ne peut oublier que ces démobilisés avaient à leur tête un certain sergent Etienne Eyadema. Aucun Togolais ayant grandi sous l'implacable règne d'Eyadema n'oubliera non plus avoir entendu du temps de son apothéose, réclamer la paternité de ce "crime fondateur" avant de se rétracter lorsque se sont développés les notions de Droit de l'Homme, de tribunal international, de tribunal de compétence universelle...

Nullement inquiétés par le rapport des forces largement en leur faveur, les héritiers s'obstinent à organiser à leur tour une fête le jour du crime commis par leur père. Ceci démontre simplement qu'aucun dialogue véritable, aucune réconciliation sincère ne sont possibles avec eux.

Du vivant du père, le Togo avait cessé de représenter dans l'esprit du Clan Gnassingbé, un pays, un État, une Nation. Le Togo est depuis, une propriété, une entreprise, la chose du Clan... Aujourd'hui, les héritiers restent persuadés qu'ils peuvent y faire ou en faire ce que bon leur semble... C'est cela l'un des enseignements de cette "fête" programmée, du 13 janvier 2006, à laquelle participeront un Premier Ministre et des ministres, rentrés, disaient-ils, pour "empêcher certaines choses"…

Bremen, Allemagne, 9 janvier 2006
Bassirou Ayéva




Citations
Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela



 

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