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„RÉFLÉCHIR Autrement, SI NOUS VOULONS NOUS AFFRANCHIR…“ |
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| Publié le 13.12.2007 à 21:32 |
| Interviews >> |
À la faveur de la timide ouverture que connaît le Togo actuellement, certains acteurs de la diaspora ont eu le courage de se positionner pour demander le suffrage de leurs concitoyens. D’autres, ne se sont présentés sur aucune liste. Toutefois, ils ont pris une part active dans ce scrutin, qui hélas, a vu la " victoire " du RPT. Parmi eux, il y a Bassirou Ayéva. L´ancien Coordinateur du M05, était au Togo en pleine fièvre électorale. Il a pris une part active dans la campagne, aux côtés du PDR, un parti duquel il avait pourtant bruyamment démissionné au lendemain de la succession dynastique et sanglante de Faure Gnassingbé au pouvoir. M. Bassirou Ayéva a-t- il repris sa carte du PDR? Quelle lecture fait-il du déroulement des élections et quelles analyses fait- il des résultats ? Comment voit- il l’avenir proche et lointain du Togo, avec un RPT "légitimé"? Enfin, comment définit- il le rôle de la diaspora, dans cette quête désespérée d’alternance et de démocratie? Bonne lecture. Question: Mr Bassirou Ayeva bonjour, Les Togolais de la diaspora et de l’intérieur ont en mémoire les termes assez durs mais justes, de votre lettre de démission du PDR. Mais subitement ils ont été surpris que vous soyez allé en renfort de ce même parti à l’occasion des dernières élections. Pouvez-vous nous donner une explication?
Bassirou Ayeva : Vous avez raison. En 2005, en désaccord avec le PDR sur le mutisme qu’il a observé lors des massacres que perpétrait le clan Gnassingbé pour s’accaparer du pouvoir, j’avais démissionné du parti. Certes, une dose d’émotion et une grande part de raison m’avaient poussé à prendre une telle décision. Aujourd’hui encore, si le même scénario se répétait, je le dénoncerais. Mais, que vaut une démission face au dégradant sort que subi notre peuple ? Après près de quinze années d’exil, je suis allé pour la première fois au Togo au mois d’avril 2007. Devant le délabrement moral, matériel et surtout l’appât du gain facile à travers le ralliement systématique d’un bon nombre d’acteurs politiques au plus fort et au plus offrant, c’est - à - dire le RPT, j’ai réfléchi et me suis senti interpellé. Je me suis dit qu’il y avait un travail de terrain à effectuer. Un travail sur les mentalités. Par voie de conséquence, je me suis engagé à être plus présent dans la lutte, sur le terrain même, surtout qu’on dit que notre sécurité est garantie, afin d’aider à sauver ce qui peut encore l’être. Effectivement après mon voyage du mois d’avril, je n’ai fais aucune déclaration tant le pays que j’ai vu m’a paru avoir reculé de dizaines d'années. Aujourd’hui, le Togo est un chantier où tout est à faire ou à refaire. Je dis bien tout, à commencer par un travail devant aboutir au changement de mentalités, j’insiste sur cet aspect des choses. Car, nous parlons de démocratie à l’aune de notre affection conceptuelle propre. Nous parlons de changement en ne l’acceptant pas aux normes des autres. Nous parlons de pluralisme en entretenant le rêve secret de la pensée unique. Nous parlons de lutte tout en refusant les contraintes qu’elle impose et en refusant également d’adapter notre stratégie aux réalités du moment. Bref, démocratie, changement et pluralisme font l’objet d’un amalgame. Pour en sortir, il faut en parler, éveiller les consciences. Je me suis engagé à le faire, non plus à travers des slogans creux ou des rêves inaccessibles, mais sur le terrain. Ainsi, la campagne pour les législatives se révélaient être un bon tremplin pour faire partager certaines idées, sans prétention. Pour ce faire, et dans la ferme volonté de changer quelque chose de l’intérieur, je veux dire l’intérieur du PDR dont je suis un membre fondateur, j’ai préféré reprendre du service, et faire une campagne d’éveil de consciences résolument dirigé contre l’adversaire commun qu’est et reste pour moi le RPT. Je savais que le message du PDR était très brouillé pour les raisons que tout le monde connaît et qu’il déplore. Mais je souhaitais surtout que les électeurs choisissent les partis de l’opposition dont ils ont encore confiance et que cette campagne donne une nouvelle image du parti, ne serait- ce que pour l‘avenir. Hélas, c’était compter sans la machine de guerre mise en place par le RPT. Q: Quelle lecture faites-vous des résultats de ce scrutin ? B. A : J’aurais souhaité que ce soit l’opposition ou un seul parti de l’opposition qui récolta la majorité absolue. Mais, la Cour Constitutionnelle a proclamé que le RPT a obtenu les 50 sièges, sur les 81, l’UFC: 27 et le CAR 4. Malgré quelques interrogations et quelques contestations, chacun semble avoir pris acte. Ces résultats même biaisés mettent enfin, face à face deux partis que presque tout oppose...sur la gestion des affaires de l'État. C’est un scénario trop de fois reporté. Enfin, le RPT et l’UFC, et dans une moindre mesure, le CAR ont été désignés pour faire sortir le Togo du marasme dans lequel il baigne depuis des décennies. Feront-ils preuve de sens de responsabilité et de maturité afin de trouver le juste équilibre ? Certes, avec un tel résultat, toutes les réformes politiques, institutionnelles et constitutionnelles nécessaires ou indispensables pour mettre le Togo sur les voies d’une réelle démocratie semblent être compromises. Ces résultats nous démontrent aussi que les partis que le peuple n’avait pas investi d’une quelconque " mission " auprès du RPT, mais qui se disaient oeuvrer pour le consensus, ou la paix sociale, avant ou après l’APG, la CPP, le PDR, le CAR, la CDPA... ont été sanctionnés. Les méthodes utilisées par le parti au pouvoir, à savoir l’usage des moyens d’État, la corruption de certains délégués de bureaux de vote, l’achat des électeurs et la diabolisation des partis de l’opposition, ont eu pour finalité de laminer ces derniers, même si certains d’entre eux ont le mérite d’avoir promu la recherche du dialogue. Si bancal soit-il, ce dialogue a tout de même apporté un début d’apaisement. Je crois enfin, que ces résultats ne traduisent réellement pas le poids réel des partis, sur le terrain. Qu’on le veuille ou non, les résultats ont été tronqués et manipulés en faveur du RPT. Mais il faut aussi faire une autocritique de l’opposition engluée dans ses bisbilles. Ces consultations révèlent qu’elle a été incapable dans son ensemble ou du moins au niveau de celle des partis auxquels s’identifiaient encore les populations, à faire comprendre son discours et à créer une dynamique d’adhésion. Sinon, comment une population qu’on dit acquise au changement se refuserait-elle de voter pour celui- ci ? Sans doute que le discours de l’opposition n’a pas été bien compris et face à l’incertitude, les électeurs, certains ont choisi le statu quo, comme s’ils étaient habitués aux souffrances engendrées par le RPT, et qu’ils n’en voulaient pas d’une nouvelle. Et c’est là le vrai danger. Q: Pourquoi parlez-vous de danger ? Des dangers le Togo en a déjà connu avec le règne du RPT même si ces élections se sont déroulées sans violence ? B.A : Heureusement d’ailleurs .Depuis des années, des voix s’élèvent entre autre pour fustiger l’impunité dont jouissent certains hommes de mains du régime, que ce soit sous le règne du père que celui du fils. À présent que les bourreaux semblent être amnistiés par le suffrage du 14 Octobre, la quête de justice ne risque -t- elle pas d’être vaine? Le danger pour notre pays, ce n’est seulement pas les assassinats politiques ou l’usage de la violence comme mode d’expression en vue de tétaniser les populations et de faire plier les adversaires politiques, même si à la lumière du dernier scrutin le RPT semble avoir proscrit la méthode forte. Mais pour moi l’un des dangers dont on s’en préoccupe très peu est la transformation progressive mais certaine, de notre république en une monarchie. La dynastie Gnassingbé est née depuis février 2005, elle se consolide progressivement. Et les résultats du dernier scrutin viennent de la renforcer, de la légitimer. Le danger, c’est de ne pas tirer des enseignements de cet état de chose. Le RPT, bardée de ses stratèges et fort des moyens de l’État est aujourd’hui une véritable machine de guerre, un instrument de conquête de pouvoir. Il faut se donner les moyens pacifiques de lui résister et de le dérouter. D’autres échéances électorales sont au calendrier du Togo. Déjà en mars 2008, il y aura les municipales. Le RPT redéploiera sa machine de guerre. L’opposition devrait pouvoir convaincre les populations et l’emporter surtout dans les grands centres, les grosses agglomérations. Et ce n’est pas en passant notre temps à nous lamenter sur les calamiteux résultats des législatives, à rechercher les poux dans la tête de l’autre, que nous parviendrons à trouver la parade contre le RPT. Et puis, nous ne devrons pas perdre de vue les échéances de 2010. Certainement que Faure se représentera. Le RPT perfectionnera sa machine de guerre afin que son président l’emporte à nouveau. Mais Faure ne vit heureusement pas à l’époque de son père... Les jeux seront probablement plus ouverts qu’avant et la fraude minimalisée, mais non exclue. L’opposition a un devoir de résultat si elle veut que l’héritier actuel ne l’emporte et ne passe à son tour le flambeau à un autre frère, un Gnassingbé, en 2015...au cas où son bon sens l’interdisait à vouloir s’éterniser sur le trône. Et quand je parle de l’opposition, je ne pense pas uniquement aux leaders des partis que certains s’amusent à traiter à tort ou à raison de traîtres. Je ne pense non plus aux rescapés du 14 octobre, c‘est - à - dire à l‘UFC et au CAR. Je parle bien évidemment des Togolais au Togo et à ceux de la diaspora. Je parle de tous ceux qui continuent de caresser le rêve de changement politique chez-nous. Q: De quel changement parlez-vous ? B.A: Je crois que malgré les tentations de glisser vers un régime monarchique ou dynastique, nous sommes encore dans un régime républicain. Sur ce plan il n’y a rien à changer. Nous devons simplement rester vigilants. Le changement dont je parle passe par une alternance démocratique surtout au sommet de l’État. En fait, naître ou être un Gnassingbé ne doit pas être un handicap pour accéder au pouvoir. Le problème,C’est tout simplement le fait que ceux qui sont nés Gnassingbé Eyadèma, semblent être sûrs d’être les seuls dépositaires et détenteurs du pouvoir au Togo.. Comment imaginer que dans un pays qui se dit être résolument engagé sur le chemin de la démocratie, le pouvoir économique, politique et militaire reste entre les mains d’une famille et le pouvoir judiciaire soumis à ses bottes. De petits progrès sont certes à noter au Togo, il y a de petites ouvertures sur le plan de certaines libertés. Tout cela est un lifting cosmétique. Et ces libertés ne nourrissent pas les milliers de diplômés laissés sur le bas côté de la route parce qu’ils n’ont pas de piston... ou parce qu’ils ne sont pas des zélés du RPT. Cette petite ouverture ne peut hélas non plus masquer les dures réalités des Togolais, confrontés au manque d’eau potable, au délestage, au désagrégement des infrastructures hospitalières, routières, scolaires... Ces réalités nous interpellent. Car, ce ne sont pas seulement les moyens qui manquent, mais c’est faute d’une volonté et d’une vision politique. Maintenant que les mânes tant attendues de l’Union Européenne vont recommencer à atterrir au Togo, nous verrons bien si le RPT a un projet de développement pour le pays ou non. Durant des années, il y avait une excuse pour justifier le délabrement du pays. C’est bien sûr la suspension de l’aide de L’U.E, et non le gaspillage et la dilapidation des maigres recettes nationales, qui empêchaient toute action. Au niveau de la diaspora, nous devons individuellement et collectivement apporter notre part de contribution à la recherche de solution de la crise togolaise. Toutefois, je reste fermement convaincu qu’il y en a parmi nous qui veulent demeurer exilés ou opposants carriéristes, à vie. Je respecte leur choix. Mais qu'ils se donnent la peine d'apprendre à respecter ceux des autres. Ils feraient mieux d’accepter que des acteurs politiques, qui de surcroît conduisent le mouvement ou non, changent de stratégies, qu’ils s’adaptent aux données nouvelles. Qu’ils veuillent accompagner, améliorer et corriger la petite ouverture enregistrée. Cela fait partie du combat politique. Hier, nous luttions contre Eyadèma. Aujourd’hui, nous nous mesurons à ses enfants soutenus bien sûr par des réseaux financiers et occultes intérieurs et extérieurs. Les maigres résultats que nous avons obtenus jusqu’ici devraient nous faire honte si ce n’était pas une lutte pour la conquête du pouvoir, avec tout ce que cela implique. Ne devons-nous pas rechercher des ressources fédératrices autour d’un objectif commun, au lieu de passer notre temps, comme des bambins à ressasser nos slogans et nos chimères des années 90 ? Ne pouvons- nous pas relever le débat, apporter un plus à la place de nourrir nos fantasmes, en caricaturant certains responsables ... qui à cause de la culture du compromis, ont finalement accepté d’avaler des couleuvres de " traîtres ou d’être allés à la soupe du RPT "? Il est très aisé de s’étendre sur les bords tonifiants de la Seine ( France ), du Mississipi ( États Unis ), du Rhin, de la Weser ( Allemagne) ... pour émettre des réactions épidermiques, ou émotionnelles au lieu d’être une part de recherche d’une solution apaisée à la crise politique de notre pays. D’ailleurs, face à l’incertain quotidien auquel est confronté le Togolais né hors du cercle du pouvoir, avec comme seule compagne dame misère, il y a urgence de penser autrement, de se muer en une force de proposition ou d’action. Nous sommes entrain de sortir de la logique d’affrontements et nous tendons vers celle de la confrontation des idées, dans la rigueur mais aussi dans le respect des opinions des uns et des autres. Q: Votre mot de fin B.A: Il y a un nouveau paysage politique et de nouveaux enjeux. Les défis qui restent à être relevés afin qu’un réel vent de démocratie souffle sur notre pays restent énormes. Cette fois, il ne s’agit plus pour bon nombre de filles et de fils de la diaspora d’épancher leurs ressentiments à travers de stériles invectives sur différents supports médiatiques. Je crois modestement, mais fortement que la nouvelle donne politique nous impose plus d’imagination, afin de trouver les moyens d’entraîner notre pays à rester une République, mais aussi à devenir un État moderne, offrant une vie décente et digne à ses citoyens. Cette nouvelle perspective, nous pouvons l’imaginer à partir d’ici, la réaliser sur le terrain, dans le respect de nos diversités d’opinions. Car cette victoire du RPT aux dernières législatives, le satisfecit octroyé par la communauté internationale pressée de se dessaisir du dossier togolais augurent de lendemains plus sombres, si nous ne prenons garde. Je me permets donc de rêver à un sursaut d’honneur pour une rencontre de l’opposition de la diaspora pour tirer le bilan des années écoulées, évoquer nos désaccords et définir ne serait-ce qu’une plate forme minimale pour nos actions futures. C’est peut être notre dernier combat et nous devons l’emporter si nous voulons nous affranchir.. .. Allemagne 21 Novembre 2007 Interview réalisée par ALI Tchassant pour togoforum.com et Infostogo.de
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