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Kenteisme, ou la fascination de l’esthétique Akan (Lu pour vous, Sewa) 

Publié le 09.11.2006 à 00:26
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 Il était une fois, dans des temps immémoriaux de la vie paisible du peuple Akan, des Asante à Bonwire pas loin de Kumase [Kumasi], deux ancêtres aînés et amis, Otaa Kraban et Kuragu Ameyaw, qui, par une journée passée en forêt à cultiver tombèrent sur une énorme araignée qui tissait sa toile. Une toile si impressionnante que les deux amis revinrent plusieurs fois observer en cachette la technique incroyable de leur animal-maître à l’œuvre.

De retour à Bonwire, ils devinrent les tisserands primordiaux d’un textile, d’une étoffe fétiche, emblème d’une civilisation, le Kente. Celui-ci allait d’abord fasciner la cour royale, ses fastes et apparats, prisé des grandes cérémonies sociétales et de la vie du palais. La force de cette technique, tombée presque par une occurrence céleste à la jointure de la curiosité, de la sagesse humaine et de la délibération du hasard, le caractère marqué de ses couleurs vives et contrastées, éclairées et brillantes, ses motifs accoudés à une langue et à des significations sociales, finit par subvertir en quelque sorte le monopole royal, le temps aidant, et les royautés n’étant plus ce qu’elles étaient.

En coton, en soie, ou avec les deux matières, les tisserands savent élaborer avec une complexité frappante et une _expression très idiomatique, une étoffe qui est devenue probablement le tissu africain le plus connu au monde. Tellement connu et populaire aux Etats-Unis dans les années 80 que l’essentiel de ce vaste marché était approvisionné depuis Hong-Kong, le Pakistan, ou le Bangladesh !

Cette étoffe mystérieuse parle, de tous les motifs et signes qui la parent, symbolisant l’unité, la sagesse, la force, la résistance, la fertilité, etc.

D’abord limitée à des usages vestimentaires assez traditionnels, l’utilisation et la pratique Kente s’est déstructurée, démocratisée et quelques fois ritualisée autour de divers textiles afrocentriques -pour les Africains Américains-, des vêtements masculins ou féminins pour tous les âges et tailles, tels que les chemises et cravates à l’occidentale, surmontées d’une touche africaine indélébile. Quant aux non Afrocentriques, ils découvraient la personnalité affirmée de cette esthétique unique en son genre.

Les créateurs de modes s’y sont essayé avec succès pour certains, se servant du Kente comme accessoire privilégié à leurs œuvres phares, ou tout simplement comme principal textile agrémenté de mille rajouts.

Désormais le culte Kente s’est apaisé des effervescences des années 70-80 amenées par la fougue identitaire des diasporas africaines de part le monde. Il poursuit tout de même sa conquête du monde des choses, des usages, déchargé de ses uniques obligations sacerdotales à Bonwire, à Kumasi, et abordant une nouvelle vie en habillant hommes, femmes, enfants, meubles, objets personnels -trousses, tableaux, etc.-, surpiquant les existant enracinés ou pas des coutures de sa vérité transcendantale.

Source © afrikara.com

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