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VISITE DU MINISTRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES AU TOGO ET LA PROBLÉMATIQUE DES RÉFUGIÉS TOGOLAIS EN ALLEMAGNE |
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| Publié le 12.02.2008 à 13:38 |
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M. Frank- Walter Steinmeir, vice - Chancelier et ministre des Affaires Étrangères de l‘Allemagne sera au Togo cette semaine, consacrant ainsi le réchauffement des relations entre les deux pays. Cette visite est une victoire diplomatique pour le régime Togolais. Mais une victoire émaillée de questions qui fâchent telle que la question des réfugiés. À travers la réflexion qui suit, Bassirou AYEVA interpelle tous les acteurs de la vie politique du Togo afin que, comme il le dit, les réfugiés ne soient pas la monnaie d‘échange…
La question du refoulement des réfugiés togolais en Allemagne aurait été tout au long de ces dernières années de lutte pour la démocratisation de notre pays au centre des préoccupations des gouvernements RPT qui se sont succédés depuis 1993. La volonté de changement politique populaire, les répressions qui s’en sont suivies dès 1990, ont jeté on s’en souvient des milliers de Togolais sur la route de l’exil. Outre les pays frontaliers, le Bénin, le Ghana, le Burkina et d’autres pays africains, l’Amérique et l’Europe ont accueilli leurs lots de Togolais, candidats à l’exil. En Europe, l’Allemagne a accueilli certainement le plus fort contingent de femmes et d'hommes psychologiquement détruits, mais qui tenaient à reconstruire leur vie. De 1990 à 1998, on dénombrait officiellement plus de 15. 000 réfugiés togolais en Allemagne. Ce chiffre apparemment élevé s’explique d’une part par la confiance qu’inspirait ce pays aux fuyards togolais en quête de sécurité et de sérénité et d’autre part par l’absence, pour les Togolais de visa d’entrée jusqu’à décembre 1994. Aujourd´hui que la donne politique au Togo semble évoluer… la question de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes vivant en RFA, est d‘actualité. Cette question devrait constituer certainement un des points forts de discussion lors de cette visite annoncée du vice – Chancelier et Ministre des Affaires Étrangères allemand, M. Frank - Walter Steinmeir à Lomé. LES RÉFUGIÉS TOGOLAIS EN ALLEMAGNE ACTEURS DE LA LUTTE POUR LE CHANGEMENT À l’instar des autres groupes, les réfugiés togolais en Allemagne sont constitués en majeur partie de militants des organisations démocratiques, de syndicalistes, d’enseignants, de journalistes, des membres issus des associations de la société civile dont ceux des organisations estudiantines ou des partis politiques de l’opposition de l’époque tels que: l’ATLMC ( l’Association Togolaise de Lutte contre la Manipulation des Consciences ) basée à Sokodé, le MO5 ( Mouvement Patriotique du 5 Octobre ), les Ékpémogs, une entité juridiquement non organisée, la CAF ( Confédération des Associations de Femmes )…le CAR, la CDPA, l‘ADDI, le PSR, le PDR, l’UFC, de l‘UTD devenue CPP… Ces réfugiés ne sont pas restés inactifs dans leurs terres d’accueil. Structurés en associations ou en sections des partis politiques, ils se sont montrés actifs, très actifs au point de convaincre l‘opinion publique allemande sur la nature du régime togolais. Publications de documents relatifs à l’impunité, aux violations des droits de l’homme au Togo, manifestations de protestations contre toute sorte d’entorse à la Constitution de la République ou aux libertés d’expression, ils ont été sur tous les fronts. Conséquence : la population allemande et les média ont fini par faire leur les revendications du peuple togolais et par admettre le caractère brutal et arbitraire du ou des pouvoirs RPT. Face à cet activisme appuyé par un embryonnaire mais tout aussi payant travail de lobbying dans certains Länder (États) allemands, le régime togolais qui n´a toujours pas réussi à corriger ou à vernir son image, a fini par déclarer une guerre ouverte aux réfugiés togolais d’Allemagne. Cette guerre relayée à l’époque sur le terrain par l’ambassade du Togo, avait un seul objectif: le rapatriement des réfugiés togolais. Le RPT a perdu cette bataille. Car ses envoyés n’ont jamais pu franchir les portes des Chanceliers allemands. Toutes les « grosses pontes » du régime qui se sont hasardées à faire le déplacement de Bonn ou de Berlin ont vu leurs doléances échouer sur la table du chargé des affaires africaines au ministère des Affaires Étrangères allemand. Les portes du ministre lui – même sont restées closes aux sollicitations de Lomé. Ainsi, ses requêtes sont restées stériles. En réalité les gouvernements de Helmut Kohl ( CDU, 1982 - 1998 ) succédé par Gerhard Schröder ( SPD, 1998 - 2005 ), confrontés à la question de l’immigration, n’étaient totalement pas insensibles aux démarches des émissaires togolais. Pour l’homme de rue allemand, la montée du chômage est imputable à la présence des étrangers. La question d‘asile est donc devenue un sujet de premier plan. Il fallait s’en occuper pour endiguer le sentiment de mécontentement des populations face à ces étrangers boucs émissaires de tous les maux. L’offre des envoyés du RPT était tentante. Mais les autorités du pays d‘accueil se savent surveillées de près par les organisations de protection des Droits des réfugiés et des Droits de l’Homme tout court. Et puis nombreux sont ceux qui comprennent la présence des Togolais dans leur pays. Ne s’étaient-ils pas eux – mêmes constitués réfugiés pour fuir les affres du nazisme ? Le Ministre de la Coopération d’alors, M. Elmut Schaefer n’a t – il pas été témoin oculaire des massacres de populations civiles à la place Fréau jardin un jour de janvier 1993 ? L’Allemagne elle-même n’a t – elle pas directement payé un lourd tribut … dans la chasse aux opposants et à leurs supporters imaginaires ou réels, qu’ils soient noirs ou blancs ? Elle ne pouvait se permettre d’accepter un tel marché. Tout cela a pour finir, contribué à polluer les relations entre les deux pays. Chacun a campé sur ses positions. Pas tout à fait. Car le régime togolais ne pouvait se le permettre. Il tenait à tout prix à avoir l’onction de Berlin… Or, le décès d’Eyadema et tout ce qui s’en est suivi contre les intérêts allemands au Togo, n’étaient non plus de nature à détendre les relations, bien au contraire. ÉVOLUTION DE LA SITUATION POLITIQUE DEPUIS L’APG ET LES LÉGISLATIVES DU 14 OCTOBRE Un véritable vent d‘incertitude souffle depuis quelques temps sur la communauté des réfugiés togolais en Allemagne. En effet plusieurs compatriotes bénéficiant ou non d’un séjour limité ou en attente d‘une décision reçoivent, depuis peu, des lettres de l’Office des réfugiés leur demandant de se préparer à quitter le pays ou à donner les raisons qui justifient la prolongation de leur séjour sur le territoire allemand. Parmi les arguments énoncés figure " la disparition du général Eyadèma en février 2005, la signature en août 2006 de l’APG par tous les partis politiques de l‘opposition: CAR, CDPA, CPP, PDR, UFC …, la participation d’opposants au premier gouvernement de Faure Gnassingbé, la nomination de l’opposant Agboyibo comme Premier ministre après ledit accord, ainsi que la tenue des élections législatives du 14 octobre 2007. Élections auxquelles tous les partis ont participé… " Voilà qu’au climat d’incertitude suscité par ces courriers vient s’ajouter l’information relative à la visite du Vice-Chancelier allemand à Lomé. Pendant plusieurs jours, l’annonce de la visite en ce mois de février de M. Frank-Walter Steinmeir ( SPD), a fait l’objet de la Une du site du gouvernement togolais, www.republicoftogo.com . Tel un trophée de chasse, la photo de l’illustre hôte a trôné sur ledit support médiatique du pouvoir. Quoi de plus normal, quand on sait que depuis les sanglants évènements du 25 janvier 1993, dont nous parlions plus haut, le pouvoir RPT a fait les yeux doux aux autorités de Bonn d‘abord, puis de Berlin ensuite, sans jamais pouvoir les amener à changer d‘avis sur le jugement négatif qu‘ils avaient de leur fréquentation. Mais les temps ont changé. Et les méthodes de gestion du pouvoir ont évolué même si nous en espérons mieux. Et puis, les intérêts des États ne priment-ils pas sur toute autre considération ? Par ailleurs, «Doit-on éternellement soutenir une opposition incapable de s’organiser pour arracher ce changement pour lequel il y a eu tant de morts et d’exilés et qui a ruiné le tissu social et économique du pays ? » se sont sûrement demandés les Allemands. Et, il y a aussi cette fameuse Real politique suivie d’une volonté pour le gouvernement de Mme Angela Merkel ( CDU ) de se mettre au diapason de la position de l’Union Européenne sur ce qu’on peut appeler « le cas togolais ». Comme on peut l’imaginer, l’Allemagne s’apprête à effacer le passé récent et à s’ouvrir aux autorités du Togo. Nul n’a donc besoin d’être dans le secret des dieux pour savoir que la question des réfugiés togolais, constituera un des points essentiels de l’ordre du jour entre les deux parties. Comme nous le disions précédemment, la question des réfugiés est préoccupante pour les deux camps. Prenant un raccourci, les Allemands donneront l’impression que les réfugiés représentent un poids financier pour leur pays. Ils feront impasse sur ceux des Togolais qui travaillent ou qui sont parfaitement intégrés. Ils feront impasse sur ceux qui pour aider la société allemande à s’ouvrir au monde consacrent une partie de leur temps et de leur talent au bénévolat en milieu associatif sportif ou culturel. L’Allemagne a à présent un argument "costaud " selon lequel la situation au Togo est plus vivable aujourd’hui qu’hier. La partie togolaise se pressera de reprendre le même argument. Un satisfecit en quelque sorte. À preuve, elle égrènera la liste de réfugiés revenus définitivement au pays ou ayant fait un tour sans que rien ne leur soit arrivé. En bonne place il y a l’opposant historique, Gilchrist Olympio : « il séjourne au Togo comme et quand il veut... » diront les interlocuteurs du pouvoir. Ce qui est aussi vrai. Toutefois, la question de milliers de réfugiés ne peut se résumer à un ou à des aller-retour de certains opposants. Personnellement, profitant du début d’ouverture qu’on peut observer aujourd’hui au Togo, nous avons franchi le pas. Mais, il revient à chaque réfugié d’apprécier la nouvelle grille de lecture de la situation politique du pays. Il revient à chacun, individuellement d’apprécier si oui ou non il peut rentrer. Heureusement que dans ce dossier, l’interlocuteur, l’homologue du ministre allemand chez-nous est comme par hasard, le Professeur Gnininvi, un opposant qui vient de succéder à un de ses compagnons de l’opposition, du COD1, du COD 2 …Un homme qui connaît le dossier du drame des réfugiés et qui plus que tout autre s’en préoccupe certainement. LE SUJET N’EST PAS NOUVEAU AU PROFESSEUR GNININVI ET AUX AUTRES RESPONSABLES DE L‘OPPOSITION Au risque de choquer certains, nous disons qu’il y a des ministres de l‘opposition dans le gouvernement togolais. Même si ceux – ci sont sûrement très affaiblis par leur échec aux législatives du 14 octobre. Sans leur présence et celle du Pr. Léopold Gnininvi aux Affaires Étrangères, certainement que cette question des réfugiés ne serait réglée que par une paraphe d’un ministre RPT pur sang dont le geste revanchard contredira les vains efforts d’ouverture et de volonté de " réconciliation" credo tant de fois repris par les autorités togolaises. Au-delà de s’être constitués réfugiés, ces Togolais où qu’ils aient été contraints d’échouer pour fuir les exactions des milices et des incontrôlés d’alors, restent des femmes et des hommes qui ont droit au respect. Ils ne devraient pas être l’objet d’un quelconque marchandage. D’ailleurs il est tout de même étonnant, que les nouvelles autorités togolaises qui se veulent débarrassées des vieilles habitudes n’aient reconnu nulle part l’apport positif de ces réfugiés durant les longues années de la suspension de l’aide extérieure au Togo. Un apport multiforme qui se poursuit. N‘est-ce pas grâce à ces réfugiés, frange importante de ce qui représente aujourd’hui la diaspora togolaise que des familles, des villes, des régions et le pays tout entier ont survécu à la crise et éviter l‘implosion du pays ? En dehors de leur contribution au débat politique, à la vie économique, financière et culturelle, certains réfugiés ont initié des projets sur le terrain social, pour atténuer la misère du bas peuple et pallier aux carences chronique de structures hospitalières, scolaires et autre. Peut - être nous reprochera t- on le fait de donner l’impression que tous les fuyards sont des activistes de l’opposition. Que tous ont été victimes de la terreur, de l’arbitraire. On nous opposera donc le concept très à la mode de " réfugiés économiques ". Ce terme que certains pays européens affectionnent a été repris par le RPT, pour démontrer que les candidats à l’exil ne sont autres que des femmes et des hommes à la recherche du mieux être dans l’Eldorado européen. Soit. En parlant justement de réfugiés économique, le RPT reconnaît implicitement que durant près de 40 ans de règne il n’a pas pu ou su créer ni bien-être, ni prospérité au Togo. Il ne leur a même pas permis de rêver. Alors, qu’est-ce qui interdirait un Togolais tiraillé entre la misère et la peur d’être victime d’une balle perdue…d’aller chercher ailleurs, quiétude et mieux-être ? Qu‘est - ce qui l‘empêcherait de rêver à une vie meilleure ? Dans le lot des milliers de réfugiés togolais en Allemagne, il y a ceux des année 90 et ceux de la nouvelle vague des années 2005. C’est dire qu’il y en a qui bouclent, 18, 15, 10, 5, 3, ou 2 ans. À l’heure où nous achevons ces lignes, il y en a qui atterrissent encore, chassés du pays non pas par la terreur, mais par le manque de perspective, ou simplement emportés par leurs illusions, leurs rêves … dune recherche désespérée de bien être face au spectacle de désolation qu‘offre non seulement le Togo, mais aussi tout le continent africain. En Allemagne on trouve donc des familles entières de réfugiés, avec des enfants scolarisés. On y trouve des personnes des quatre coins du Togo et de toutes catégories socio professionnelles. Parmi elles, il y a hélas des handicapés physiques ou mentaux, des malades. Au cas où il devrait avoir un refoulement de masse, toutes ces personnes n‘échapperont pas aux dispositions de reconduite que préconisent les autorités du pays d’accueil. Comment s‘organisera leur prise en charge ? Le retour massif et non préparé des réfugiés constituera à coup sûr un nouveau problème social et économique pour le régime togolais qui se dit résolu à relancer le pays. Car, il faudra les gérer et penser à leur réinsertion à la fois sociale que professionnelle. Le gouvernement togolais n’a donc pas intérêt à se risquer de faciliter le plan de rapatriement allemand. Bien au contraire, le Ministre Gnininvi et son équipe devraient exiger un moratoire afin de soumettre très prochainement à l’autre partie, un mémorandum sur cette question. À l‘heure où nous nous tentons de nous investir dans les projets d‘apaisement de la vie politique de notre pays, et de sa reconstruction, la question du retour ou non des réfugiés dans leurs pays d´origine devrait interpeller tout le monde, à savoir pouvoir et opposition. Cette question doit être une des clés de cette recherche du retour d‘une confiance réciproque, de l’ouverture et d‘un réel apaisement du débat publique. Les partis de l’opposition qui sont nés à partir d’avril 1991 doivent entièrement assumer leur part de responsabilité car il s‘agit avant tout de leurs militants. Ils devraient s‘impliquer, intervenir dans le débat concernant cette question et proposer une solution pétrie à la fois de dignité et de rationalité. Sans doute que le ministre allemand s’entretiendra avec les chefs des partis de l’opposition parlementaire et extra parlementaire pourquoi pas. Tous devraient être préparés à aborder cette question à la fois humanitaire, politique que morale. Ils devraient en parler avec sérénité, rigueur et courage. Bremen, Allemagne 11 Février 2008 Bassirou AYÉVA
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